mercredi 2 septembre 2026

Le système universitaire britannique face à une restructuration sans précédent

En août 2026, le système universitaire britannique traverse une phase de restructuration accélérée sous l’effet de pressions financières persistantes. Les fusions, autrefois exceptionnelles, commencent à apparaître comme une réponse structurelle aux difficultés du secteur, tandis que les établissements réduisent leurs coûts, suppriment des postes, regroupent ou ferment des formations et s’interrogent de plus en plus ouvertement sur la valeur économique de certains diplômes.


Fusions et mutualisations : une nouvelle réponse aux difficultés financières

Deux opérations récentes illustrent cette évolution:
  • L’Université de Greenwich et l’Université du Kent ont fusionné le 1er août 2026 pour former le London and South East University Group (LASE). Il s’agit d’un montage inhabituel : les deux universités constituent désormais une seule entité juridique, dotée d’un seul conseil d’administration, d’une seule équipe dirigeante et d’un vice-chancelier commun, mais Greenwich et Kent conservent leurs noms, leurs marques, leurs campus et leur identité universitaire. Les étudiants continuent de s’inscrire dans l’une ou l’autre université et d’obtenir un diplôme portant son nom. Le nouvel ensemble devient ainsi l’un des plus importants établissements d’enseignement supérieur du Royaume-Uni, avec environ 50 000 étudiants. Les deux universités continueront de fonctionner comme deux divisions universitaires distinctes au sein du groupe.[1]

    L’opération est présentée par les deux établissements comme un moyen de renforcer leur situation financière et de mutualiser leurs ressources. Elle est d’autant plus significative qu’elle constitue un modèle de « super-université » sans disparition immédiate des marques universitaires existantes.[2]

  • Le King’s College London et la Cranfield University ont, de leur côté, annoncé le 14 mai 2026 avoir signé un accord constituant la première étape vers une fusion, qui pourrait prendre effet en août 2027, sous réserve des approbations nécessaires. Le rapprochement est particulièrement intéressant : King’s est une grande université généraliste londonienne, tandis que Cranfield est une institution spécialisée dans les technologies, l’ingénierie, la gestion et la recherche appliquée.[3]
Ces deux cas ne constituent pas encore une vague de fusions, mais ils témoignent d'un changement d'attitude. Une enquête menée par Universities UK (UUK) auprès des directeurs financiers de 48 établissements en mars et avril 2026 révèle que deux universités sur cinq sont ouvertes à une fusion ou à une acquisition, ou envisagent activement cette possibilité. Par ailleurs, 65 % envisagent des structures collaboratives telles que des fédérations ou des alliances.[4]

La pression financière se traduit déjà par des mesures beaucoup plus concrètes. 79 % des universités interrogées ont eu recours à des départs volontaires au cours des trois dernières années et 79 % ont gelé ou ralenti les recrutements. 46 % ont réduit leur offre de formations par regroupement de cursus et 44 % par fermeture de formations. 13 % ont déjà fermé un campus.[4]

La recherche et l'aide aux étudiants sont également touchées : 31 % des établissements ont réduit leur activité de recherche, 27 % leurs bourses et aides aux étudiants et 13 % leurs fonds d'aide aux étudiants en difficulté.[4]

Les difficultés sont multiples. Parmi les principales pressions citées par les établissements figurent l'augmentation des cotisations patronales, les changements dans le recrutement des étudiants étrangers et la hausse des coûts salariaux et autres coûts de fonctionnement. 92 % des établissements anglais et gallois interrogés estiment que la hausse des droits d'inscription ne suffira pas à compenser les effets financiers des changements de politique publique.[4]

Il faut néanmoins se garder d'y voir une vague imminente de faillites universitaires. Le phénomène actuellement observable est plutôt celui d'une consolidation progressive du secteur : réduction des effectifs, fermeture ou regroupement de formations, mutualisation de services, rapprochements institutionnels et, dans certains cas, fusion.

La valeur très variable des diplômes : une étude révélatrice de l'Institute for Fiscal Studies

Cette interrogation est renforcée par une étude majeure de l'Institute for Fiscal Studies (IFS) publiée le 25 juin 2026. Les chercheurs ont suivi une cohorte d'élèves anglais ayant passé leurs GCSE en 2002, en reliant leurs résultats scolaires, leurs études supérieures et leurs revenus ultérieurs grâce aux données administratives. Ils peuvent ainsi comparer les revenus de ceux qui sont allés à l'université avec ce qu'ils auraient vraisemblablement gagné s'ils n'y étaient pas allés.[5]

Cette méthode est particulièrement intéressante parce qu'elle évite une comparaison trop simpliste entre diplômés et non-diplômés. Les chercheurs tiennent compte des résultats scolaires antérieurs et des caractéristiques individuelles et sociales afin d'estimer le revenu contrefactuel d'un diplômé s'il n'avait pas fréquenté l'enseignement supérieur. L'étude utilise notamment les résultats obtenus aux GCSE pour tenir compte du niveau scolaire antérieur.

À 28 ans, toutes les formations universitaires ne se valent pas

L'étude montre que le rendement d'un diplôme varie énormément selon la discipline.

À 28 ans, l'IFS calcule, pour chaque domaine d'études, le rendement salarial brut du passage par l'université : autrement dit, l'écart entre les revenus effectivement observés et ceux que le modèle estime que ces mêmes diplômés auraient obtenus s'ils n'avaient pas fait d'études supérieures.

La hiérarchie entre disciplines est déjà très nette à cet âge. La médecine et l'économie figurent parmi les formations les plus rémunératrices, tandis que les arts créatifs et les arts du spectacle se situent à l'autre extrémité. L'IFS constate que cette hiérarchie demeure relativement stable lorsqu'on examine les différentes cohortes de GCSE.[6]

L'analyse par niveau scolaire antérieur apporte un éclairage encore plus intéressant. Pour les hommes, le rendement salarial de l'université à 28 ans est légèrement négatif chez ceux qui se situent dans la moitié inférieure de la distribution des résultats scolaires antérieurs. À 35 ans, le rendement devient positif, mais demeure relativement faible dans les groupes ayant les résultats scolaires les plus modestes. Chez les femmes, le rendement est déjà positif à 28 ans dans l'ensemble des groupes de niveau scolaire. [6]

Autrement dit, le simple fait d'obtenir un diplôme universitaire ne garantit pas un avantage salarial immédiat. Pour certains jeunes hommes ayant obtenu des résultats relativement modestes aux GCSE, le diplôme ne produit même pas encore, à 28 ans, un gain salarial par rapport à ce que le modèle estime qu'ils auraient gagné sans études supérieures.

Sur l'ensemble de la vie, le bilan moyen reste positif en moyenne — mais les écarts sont considérables

À plus long terme, le tableau est beaucoup plus favorable à l'enseignement supérieur.

Pour la cohorte étudiée, les diplômés gagnent en moyenne nettement plus que les non-diplômés au cours de leur vie professionnelle. Après correction des différences de caractéristiques et de niveau scolaire antérieur, l'IFS estime le gain brut cumulé attribuable aux études supérieures à environ 150 000 £ pour les femmes et 220 000 £ pour les hommes.[5]

Après prise en compte des impôts, des cotisations sociales et du remboursement des prêts étudiants, le gain financier individuel moyen reste relativement substantiel : environ 90 000 £ pour les femmes et 109 000 £ pour les hommes, en valeur actualisée selon la méthode retenue par l'IFS.

L'enseignement supérieur reste donc, en moyenne, un investissement financier rentable. Mais il serait erroné d'en conclure que tous les diplômes présentent la même valeur économique ou qu'ils soient mêmes rentables. Le domaine d'études, le niveau scolaire antérieur et l'établissement fréquenté jouent un rôle considérable.

Pour une minorité importante, les études universitaires constituent même une mauvaise affaire financière. C'est particulièrement vrai chez les hommes : environ 30 % d'entre eux devraient, selon l'IFS, être moins bien lotis financièrement après leurs études qu'ils ne l'auraient été sans aller à l'université. Le risque est particulièrement élevé dans certaines disciplines : chez les hommes, le rendement moyen est négatif notamment pour la psychologie, la sociologie, l'anglais, la philosophie, les médias, l'éducation, les biosciences, le travail social et les arts créatifs. On notera que certaines formations scientifiques (biosciences et sciences générales) ont elles aussi un rendement financier faible ou négatif, malgré leur appartenance au champ des STEM. Pour certains jeunes hommes, notamment ceux qui ont les résultats scolaires les plus faibles et choisissent certaines disciplines, l'université peut rapporter moins — et même coûter financièrement plus — que le fait de ne pas y aller. 

La « décolonisation » des cursus : une autre transformation du monde universitaire

La question n'est plus seulement de savoir si l'université vaut son prix. C'est aussi de savoir ce que vaut aujourd'hui un diplôme aux yeux de ceux qui sont censés lui reconnaître une valeur : les employeurs.

Cette question devient particulièrement sensible lorsque certaines universités entreprennent de « décoloniser » leurs cursus. Le terme peut recouvrir des démarches parfaitement légitimes — élargir le corpus étudié, faire connaître des auteurs ou des traditions intellectuelles jusque-là négligés. Mais lorsqu'une telle démarche conduit à substituer à l'étude d'une discipline une grille de lecture politique — coloniale, raciale, intersectionnelle ou autre — elle peut avoir une conséquence moins souvent discutée : éroder la confiance des employeurs dans ce que garantit le diplôme.

Si les entreprises en viennent à considérer certaines formations comme moins rigoureuses, moins impartiales ou moins directement porteuses de compétences, leur valeur peut diminuer — même si leur niveau académique officiel reste inchangé.

Le phénomène ne concerne pas seulement les sciences humaines.

« Décoloniser les mathématiques »

En avril 2025, la School of Mathematics de l'Université d'Édimbourg a publié sur son propre site une page intitulée Decolonisation in Mathematics. L'école y affirme explicitement être engagée dans la « décolonisation du programme », qu'elle définit notamment comme une démarche visant à remettre en question les effets d'une conception des mathématiques qu'elle juge excessivement centrée sur l'Europe.[7]

La page explique que les mathématiques sont souvent considérées comme une discipline universelle, indépendante de l'histoire et de la culture, mais soutient que leur développement est néanmoins lié aux sociétés et aux cultures dans lesquelles les mathématiciens ont travaillé. (L'Occident!) Elle invite notamment à reconnaître des contributions qui auraient été négligées ou effacées de l'histoire traditionnelle de la discipline.[7]

L'université d'Édimbourg met à disposition des enseignants diverses ressources consacrées à cette démarche. Elle cite notamment les contributions de l'école de Kerala au développement du calcul, les mathématiques africaines et les liens entre fractales et architecture africaine dans l'esprit des travaux de Ron Eglash. Elle recommande également des ressources destinées à aider les enseignants à « décoloniser » leurs cours de mathématiques.[7]

Un paysage universitaire en mutation

Le système universitaire britannique se trouve ainsi confronté à plusieurs forces contradictoires.

D'un côté, la contrainte financière pousse les universités à réduire leurs coûts : suppressions de postes, gels de recrutement, regroupements de formations, fermetures de cursus, mutualisation des services et, désormais, rapprochements institutionnels et fusions.[4]

De l'autre, les établissements continuent de transformer leurs programmes, notamment au nom de l'inclusion, de la diversité et de la « décolonisation » des savoirs. L'exemple d'Édimbourg montre que cette démarche peut désormais concerner jusqu'à une discipline aussi fondamentale que les mathématiques.[7]

Enfin, les travaux de l'IFS donnent aux étudiants, aux parents et aux pouvoirs publics un nouvel instrument pour évaluer les formations : non plus seulement leur prestige ou leur contenu intellectuel, mais aussi le rendement économique très variables que les formations universitaires procurent effectivement à leurs diplômés.

Les fusions de Greenwich et Kent et, potentiellement, de King’s et Cranfield pourraient annoncer une nouvelle phase de consolidation.
Les données de Universities UK montrent que les établissements eux-mêmes envisagent désormais ouvertement ce type de transformation.[4]

Et les résultats de l'IFS apportent une conclusion particulièrement nuancée : l'université reste en moyenne un investissement rentable, mais pas toutes les universités, pas toutes les disciplines et pas pour tous les étudiants.C'est précisément cette hétérogénéité qui pourrait devenir l'un des principaux critères guidant les restructurations à venir.

« La discrimination contre les universitaires masculins blancs coûte des millions au Canada »

Les groupes qui bénéficient du recrutement fondé sur la diversité dans le cadre du programme des Chaires de recherche du Canada sont aussi ceux dont l’impact scientifique est le plus faible. Article paru dans The National Post.

Le cas de Jason Arday montre que, lorsqu’un système d’établissements prestigieux abaisse ses critères sur la base de caractéristiques identitaires, les conséquences peuvent être tragiques. L’université de Cambridge affirme que M. Arday est une exception, mais le nouveau rapport de l’Institut Macdonald-Laurier, intitulé The Equity-Excellence Tradeoff: A Study of EDI in the Canada Research Chairs Program (« Le compromis entre équité et excellence : une étude sur l’EDI dans le programme des Chaires de recherche du Canada »), suggère qu’il constitue plutôt la règle : le recrutement fondé sur l’équité, la diversité et l’inclusion (EDI) nuit à l’excellence académique à grande échelle. Nulle part cela n’est plus manifeste que dans le prestigieux programme des Chaires de recherche du Canada.

Alors que des chercheurs universitaires ont réfuté les affirmations peu rigoureuses du type « la diversité est notre force » avancées par les défenseurs de l’EDI, comme le cabinet de conseil McKinsey & Company, notre étude est la première à montrer quantitativement que l’EDI n’est pas simplement neutre, mais qu’elle peut activement réduire la performance organisationnelle. Cela se produit par le recrutement, au nom de la diversité, de personnes moins compétentes, ainsi que par le financement de l’activisme universitaire.

Les travaux existants et les statistiques internes de Harvard établissent qu’en moyenne, les étudiants noirs et hispaniques sont admis dans les universités d’élite avec des résultats aux tests inférieurs. Ils obtiennent également, en général, de moins bons résultats aux examens Advanced Placement (AP) au lycée, tout comme les femmes. Parmi les enseignants-chercheurs, les femmes publient dans l’ensemble nettement moins d’articles universitaires que les hommes.

Comme dans le cas d’Arday, le niveau d’exigence à l’embauche est considérablement abaissé pour les minorités dites subordonnées et les femmes. Une étude récente des sociologues Jukka Savolainen et Kevin McCaffree, portant sur l’ensemble des candidats recrutés entre 2019 et 2024 par les 50 meilleurs départements de sociologie américains, révèle que les hommes blancs comptaient en moyenne huit publications, contre seulement deux pour les femmes noires. Quarante pour cent des hommes blancs avaient publié dans les deux meilleures revues, contre 4 % des femmes noires.

En outre, ma réanalyse des données sur les promotions universitaires américaines, tirées d’un article de référence publié dans Nature Human Behaviour, montre que les universitaires noirs, hispaniques et femmes obtiennent des scores nettement inférieurs selon l’indice h, la référence habituelle dans le milieu (nombre d’articles multiplié par le nombre de citations), à ceux de leurs collègues blancs, asiatiques et masculins.

Le recrutement systématique de minorités et de femmes moins performantes affecte les résultats des organisations et des programmes. Pour évaluer ce phénomène, nous avons examiné le prestigieux programme fédéral des Chaires de recherche du Canada (CRC). Il constitue le sommet du système de recherche canadien et consacre chaque année 300 millions de dollars à des chaires renouvelables de sept ans, dotées de 100 000 à 200 000 dollars par an.

À partir de 2003, puis de manière accélérée après 2017, le programme des CRC a instauré un régime contraignant d’objectifs de diversité : les établissements qui ne respectaient pas leurs quotas de chaires attribuées à des femmes, à des minorités et à des Autochtones risquaient de perdre leurs allocations de chaires. La Constitution canadienne autorisant la discrimination fondée sur la race et le sexe, les offres de chaires des CRC précisent désormais régulièrement que les hommes blancs, hétérosexuels et valides n’ont pas besoin de postuler.

Les effets ont été spectaculaires. En 2000, 80 % des titulaires de chaires de recherche du Canada étaient des hommes blancs. En 2025, ils n’étaient plus que 20 %. Entre 2017, année où l’EDI sans fard a été mise en œuvre, et 2025, la proportion de femmes a doublé, passant de 30 % à 60 %, tandis que la proportion de Noirs et d’Autochtones est passée de 2 % à 10–15 %.

Nous avons mesuré la productivité scientifique des chercheurs noirs, des membres des Premières Nations et des femmes entre 2016 et 2025. Nous avons constaté que les chercheurs blancs et asiatiques avaient un indice h moyen de 34, contre 23 pour les chercheurs noirs et 15 pour les chercheurs autochtones. L’indice moyen était de 38 pour les hommes, contre 28 pour les femmes. Les chercheurs noirs, les membres des Premières Nations et les femmes sont nettement moins productifs, même après prise en compte de la durée de leur carrière, du niveau de la chaire, de la discipline et de l’année d’attribution. Cela fait écho aux résultats américains. Passer d’un titulaire de chaire blanc ou asiatique à un titulaire noir ou autochtone, ou d’un homme à une femme, entraîne une diminution de 12 à 15 % de l’impact de la recherche.

L’effet sur le programme des CRC est considérable. Le gouvernement canadien rémunère les titulaires de chaires pour qu’ils produisent de la recherche et, compte tenu des différences dans les pratiques de citation selon les disciplines, l’indice h constitue le meilleur indicateur impartial de cet impact. En attribuant une valeur monétaire à chaque point d’indice h, nous estimons que le recrutement fondé sur l’EDI coûte au programme des CRC 18 millions de dollars par an, soit 6 % de son budget.

Arday était noir, mais aussi un universitaire militant. Cela le rendait doublement attrayant pour la Faculté d’éducation progressiste de Cambridge. Cela met en évidence un autre problème lié à l’EDI : les sommes considérables consacrées à la « recherche » militante. Dans les sciences sociales et humaines, la description moyenne d’une chaire des CRC contient désormais deux termes liés à l’EDI.

Nous estimons que les fonds détournés vers l’activisme universitaire dans les sciences sociales et humaines représentent un coût supplémentaire de 6 % du budget des CRC — sans compter les dépenses liées à l’administration de l’EDI. Cela signifie qu’environ 12 % du budget, soit 36 millions de dollars sur les 300 millions du budget annuel du programme, sont consacrés à l’équité et à la diversité. La « taxe » EDI, rapportée à l’ensemble du budget des trois conseils de recherche (4,5 milliards de dollars), sans parler du secteur de l’enseignement supérieur, est colossale.

[Les « trois organismes subventionnaires » (Tri-Council agencies) du Canada sont :
  1. CRSH — Conseil de recherches en sciences humaines pour les sciences humaines et sociales ;
  2. CRSNG — Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie pour les sciences naturelles, mathématiques, génie ;
  3. IRSC — Instituts de recherche en santé du Canada pour la santé et recherche biomédicale.
Le programme des Chaires de recherche du Canada (CRC) n'est donc pas l'un des trois organismes : c'est un programme fédéral qui fonctionne avec ces trois organismes subventionnaires et qui relève du portefeuille fédéral de la recherche.]

Aux États-Unis, le problème commence à être pris en compte, mais il est hors de contrôle au Canada. Aux États-Unis, la proportion de mots-clés liés à l’EDI dans les recherches financées par le gouvernement a explosé jusqu’en 2020-2021, avant de commencer à diminuer en 2024 puis de s’effondrer en 2025, lorsque l’administration Trump a sévi contre les recherches axées sur l’EDI.  

[Elle est peut-être devenue plus hypocrite. Une enquête de Defending Education, portant sur 262 établissements, recensait en avril 2025 29 bureaux DEI intacts simplement « renommés », contre seulement 18 établissements ayant supprimé leurs bureaux ou leurs pages DEI. L'organisation estimait que 245 des 262 établissements étudiés conservaient des activités DEI sous une forme ou une autre. La source est toutefois anti-DEI.

Cette baisse du vocabulaire de l’EDI ne signifie toutefois pas nécessairement une disparition équivalente des pratiques concernées : plusieurs universités ont supprimé les termes « DEI » de leurs sites et procédures, tout en maintenant certaines activités ou pratiques sous d’autres appellations. C'est ainsi que l'Université de Californie a supprimé l'obligation de fournir des diversity statements dans les recrutements, tout en déclarant explicitement que son engagement envers les valeurs de diversité, équité et inclusion demeure intact, conformément à politique APM 210-1d.] 

Au Canada, en l’absence de pression politique, cette tendance continue de s’accélérer : entre 2021 et 2025, la proportion de descriptions de chaires des CRC contenant un terme lié à l’EDI est passée de 38 % à 53 %. La même chose se produit en Grande-Bretagne. Arday n’est qu’un symptôme de ce complexe industriel de la victimisation, laissé sans contrôle.

L’administration Trump a de nombreux défauts, mais son approche de l’EDI dans l’enseignement supérieur constitue une réussite politique que le Canada et les autres pays occidentaux feraient bien d’imiter.

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mardi 1 septembre 2026

Quand les livres deviennent innombrables, à quoi servent encore les éditeurs ?

Le Wall Street Journal vient d’être épinglé pour avoir publié une tribune du milliardaire Stanley Druckenmiller entièrement rédigée par une intelligence artificielle. Ce qui frappe dans l’affaire est peut-être moins l’utilisation de l’IA que l’absence d’embarras. Druckenmiller assume son choix : il dit utiliser l’IA pour écrire pour la même raison qu’il utilise une calculatrice. Le journal, de son côté, n’a pas considéré que cette pratique contrevenait à ses règles. L’IA serait-elle donc simplement devenue un nouvel outil de rédaction, au même titre que le traitement de texte ou la calculatrice ?

Le cas pose pourtant une question plus fondamentale : qu’est-ce qui fait de quelqu’un l’auteur d’un texte ? Est-ce celui qui fournit les idées et en assume le contenu, ou celui qui trouve les mots, construit les phrases et accomplit le travail d’écriture ?

Cette distinction risque de devenir centrale à mesure que l’intelligence artificielle rend la production de textes de plus en plus facile. Et elle ne concerne pas seulement les tribunes de journaux. Elle pourrait transformer profondément le rôle de l’éditeur.


Quand produire ne coûte presque plus rien

Pendant des siècles, écrire un livre exigeait un investissement considérable en temps et en travail. Imprimer coûtait cher, distribuer un ouvrage nécessitait des infrastructures et le nombre de titres pouvant atteindre les lecteurs demeurait nécessairement limité.

L’éditeur était donc, en partie, un gardien de la rareté. Il sélectionnait les manuscrits auxquels il allait consacrer ses ressources, les travaillait, les fabriquait, les distribuait et tentait ensuite de leur trouver un public.

L’intelligence artificielle bouleverse cette équation. Un auteur peut lui faire élaborer un plan, réécrire des passages ou produire des scènes entières. Il devient possible de générer rapidement un ouvrage complet, puis d’en créer la couverture, de le traduire et d’en produire une version audio.

Le problème se déplace ainsi de la production vers la sélection.

Plus l’offre devient abondante, plus la fonction essentielle de l’éditeur pourrait être de dire au lecteur : « celui-ci mérite votre temps ».

La rareté ne disparaît donc pas. Elle change de camp : ce ne sont plus les textes qui sont rares, mais le temps et l’attention nécessaires pour les lire.

Mais qu’est-ce qu’un auteur ?

L’affaire Druckenmiller montre cependant que la question ne se résume pas à la quantité de textes disponibles. Elle touche à la nature même de l’écriture.

Les techno-optimistes peuvent soutenir que, pour le lecteur, seule compte la qualité du résultat. Si une machine peut produire un texte aussi bon, voire meilleur, que celui d’un humain, pourquoi se soucier de la manière dont il a été produit ? Après tout, personne ne refuse une table parce qu’elle a été fabriquée par un robot.

Mais le texte n’est peut-être pas une table. Son origine peut faire partie de sa valeur.

Nous ne lisons pas seulement pour recevoir une information ou admirer une formulation. Nous cherchons aussi à entrer en contact avec un autre esprit. Une lettre d’amour, une autobiographie ou un essai n’ont pas exactement la même signification selon qu’ils ont été écrits par la personne qui les signe ou générés par une machine à partir de quelques instructions.

Lire demande du temps. Le lecteur doit donc choisir ses lectures à partir des signaux dont il dispose. Le fait qu’une personne ait consacré des heures, des semaines ou des années à écrire constitue en lui-même un signal : elle a jugé que ce qu’elle voulait transmettre méritait cet effort.

À l’inverse, celui qui peut générer des textes à volonté n’a plus nécessairement besoin de sélectionner ce qui compte réellement à ses yeux. Il peut tout publier. Rien ne garantit alors que quelqu’un ait jugé le texte suffisamment important pour mériter le temps que le lecteur devra lui consacrer.

Un contrat moral implicite relie ainsi l’auteur et le lecteur : l’auteur affirme, par l’effort qu’il consent à écrire, que son message mérite l’attention de quelqu’un d’autre. Si la machine produit le texte en quelques secondes, ce signal disparaît en partie.

La question n’est donc plus seulement : « Ce texte est-il bon ? » Elle devient aussi : « Qui l’a pensé, sélectionné et assumé ? »

Le nouveau problème de l’éditeur

C’est précisément le problème auquel les éditeurs seront confrontés. Un manuscrit peut être entièrement humain, avoir bénéficié ponctuellement d’une intelligence artificielle ou avoir été produit en grande partie par celle-ci. Entre ces situations, la frontière est difficile à établir.

Les logiciels de détection ne constituent pas une solution suffisante : ils peuvent se tromper et produire des résultats faussement positifs. Une maison d’édition qui rejetterait un manuscrit humain sur cette seule base prendrait elle-même un risque.

Plusieurs stratégies sont donc possibles : déclaration de l’auteur, clauses contractuelles précisant les usages acceptés de l’intelligence artificielle, vérification du processus d’écriture, voire entretiens permettant à l’éditeur de s’assurer que l’auteur maîtrise réellement son texte.

Aucune de ces méthodes n’est infaillible. La solution pourrait finalement reposer davantage sur la réputation de l’éditeur.

Il ne s’agirait plus nécessairement de garantir qu’aucune intelligence artificielle n’a été utilisée. Ce serait une promesse différente : ce livre a été sélectionné, vérifié et réellement travaillé ; quelqu’un en assume le contenu.

L’affaire Druckenmiller fournit ici un cas révélateur. Si un journal estime qu’une tribune peut être publiée dès lors que les idées sont bien celles de la personne qui la signe, il adopte une conception de l’auteur différente de celle qui associe nécessairement l’auteur au travail matériel d’écriture.

Pour l’éditeur, cette distinction pourrait devenir déterminante. Sa valeur pourrait précisément consister à définir ce qui doit être garanti au lecteur.

L’autoédition : un premier filtre du marché

L’édition traditionnelle dispose toutefois d’un moyen déjà éprouvé de réduire le risque : l’autoédition.

Un auteur peut publier lui-même son livre (avec l'IA ou non) et démontrer qu’il existe un public pour celui-ci. Ventes, évaluations, fidélité des lecteurs et capacité à construire une audience fournissent alors des informations qu’un comité de lecture ne peut obtenir à partir d’un manuscrit seul.

La séquence s’inverse :

édition traditionnelle : manuscrit → sélection → investissement → publication → recherche du public ;

autoédition : publication → lecteurs → ventes → preuve d’un marché → intervention éventuelle d’un éditeur.

L’éditeur peut alors reprendre un livre qui a déjà trouvé ses lecteurs et lui apporter ce que l’auteur indépendant ne possède pas nécessairement : diffusion en librairie, distribution internationale, traduction, fabrication, promotion ou adaptation audio et audiovisuelle.

Cette fonction pourrait devenir particulièrement importante avec l’IA. Plus celle-ci multipliera les manuscrits, plus un succès déjà démontré auprès de lecteurs réels constituera un filtre précieux.

L’éditeur pourrait ainsi avoir deux filières : la découverte, pour les auteurs inconnus dont il parie sur le talent, et la confirmation, pour ceux dont le public a déjà démontré la valeur.

Mais l’IA pourrait également perturber ce mécanisme. Si elle permet de produire des milliers de livres à très faible coût, les plateformes d’autoédition risquent elles-mêmes d’être submergées. Il faudra alors distinguer un véritable public de lecteurs d’une visibilité artificiellement produite.

Le risque : décourager ceux qui écrivent encore

Cette transformation soulève une question plus inquiétante : que deviendront les écrivains qui continueront à écrire sans déléguer leur travail à une machine ?

Leur problème ne sera peut-être pas de produire de bons textes, mais de trouver quelqu’un pour les lire. Si l’IA permet de fabriquer une quantité presque illimitée de textes suffisamment convaincants, la probabilité qu’un lecteur découvre un ouvrage particulier diminuera mécaniquement.

À cette concurrence s’ajoutera le soupçon. Même un texte entièrement humain pourra être accusé d’avoir été généré par une IA, précisément parce que les deux deviendront de plus en plus difficiles à distinguer.

Les auteurs qui auront construit leur réputation avant cette transformation pourraient alors bénéficier d’un avantage considérable. Leur nom deviendra un signal de confiance et d’authenticité.

Pour les nouveaux venus, en revanche, l’horizon pourrait être beaucoup plus sombre. Si le rendement de plusieurs années d’apprentissage et d’écriture devient inférieur à celui de quelques minutes de génération automatique, l’incitation à devenir écrivain pourrait s’en trouver réduite.

Or, on n’écrit pas seulement pour produire des phrases : on écrit pour être lu. Si la rencontre avec un lecteur devient extraordinairement improbable, c’est toute une chaîne de transmission qui risque de se fragiliser.

L’audio : la même abondance, sous une autre forme

Le livre audio montre déjà comment le secteur évolue. En France, il ne représenterait encore qu’environ 80 millions d’euros de chiffre d’affaires, soit 2 % du marché de l’édition, très loin des États-Unis, où il atteignait 2,2 milliards de dollars il y a deux ans, soit environ 9 % du marché.

Les éditeurs français investissent néanmoins dans ce format. Gallimard possède Écoutez Lire, Editis Lizzie, Média-Participations Cascade, tandis que Hachette Livre et Albin Michel exploitent Audiolib.

Le coût de production contribue à limiter l’offre : 3 000 à 5 000 euros pour un ouvrage de fiction, parfois jusqu’à 10 000 euros selon la longueur et la production. L’intelligence artificielle pourrait considérablement réduire cette barrière.

C’est une chance pour les ouvrages confidentiels et les anciens catalogues. Mais c’est aussi une nouvelle source d’inflation de l’offre. Une voix de synthèse peut transformer rapidement des milliers de livres en livres audio.

La question de la sélection réapparaît alors : pourquoi consacrer quinze heures à celui-ci plutôt qu’à celui-là ?

La voix humaine pourrait précisément gagner en valeur. Une interprétation par un comédien reconnu ou par l’auteur lui-même peut devenir un signal de qualité, comme une édition imprimée soignée.

Les plateformes deviennent elles aussi des sélectionneurs

Le développement de l’audio modifie également le rapport de force. Audible domine largement le marché français, tandis que Spotify s’y est lancé en 2024 et participe désormais au financement de productions audio.

Les plateformes ne sont donc plus de simples moyens de distribution : elles participent à la sélection, au financement et à la mise en avant des œuvres. Le paiement en fonction du temps d’écoute renforce encore cette logique : ce qui compte n’est plus seulement le nombre de livres vendus, mais le temps d’attention qu’ils parviennent à obtenir.

L’éditeur doit ainsi composer avec de nouveaux intermédiaires capables, eux aussi, de décider quels contenus seront visibles.

Dans une économie de l’abondance, orienter l’attention devient une activité à part entière. Celui qui sait faire émerger un livre parmi des millions peut acquérir davantage de valeur que celui qui sait simplement en produire un de plus.

Pourquoi le livre papier pourrait paradoxalement gagner en valeur

Dans cet univers d’abondance, le livre imprimé pourrait même retrouver une fonction particulière.

Il coûte toujours cher à produire. Il faut sélectionner le texte, l’éditer, le corriger, le mettre en page, fabriquer l’objet et le distribuer. Dans un monde où des millions de textes numériques peuvent être produits presque gratuitement, le fait qu’un livre ait franchi toutes ces étapes devient en lui-même un signal.

Le livre papier peut ainsi devenir davantage qu’un support de lecture : un objet de sélection, de conservation et de confiance.

Les formats ne se remplacent d’ailleurs pas nécessairement. On peut acheter un livre papier pour le conserver, la version numérique pour voyager et la version audio pour l’écouter en voiture. L’usage s’hybride plus qu’il ne se substitue.

L’éditeur comme garant du temps du lecteur

La transformation la plus profonde est donc peut-être celle-ci : dans un monde de rareté, l’éditeur sélectionnait des textes parce qu’il ne pouvait matériellement pas en publier beaucoup ; dans un monde d’abondance, il doit sélectionner parce que le lecteur ne peut pas tout lire.

Son rôle pourrait progressivement se concentrer autour de quelques garanties essentielles :

  • Qui est l’auteur ?
  • Quel travail humain et éditorial a été effectué ?
  • Quelqu’un a-t-il réellement jugé que ce livre méritait d’être écrit et publié ?
  • Le livre mérite-t-il le temps que le lecteur va lui consacrer ?
  • L’intelligence artificielle ne rend donc pas nécessairement l’éditeur inutile. Elle pourrait au contraire rendre sa fonction de sélection plus importante que jamais.

    Mais elle pourrait aussi modifier la nature même de cette fonction. L’éditeur ne serait plus seulement celui qui décide quels textes peuvent être produits à grande échelle. Il deviendrait celui qui garantit qu’un texte a franchi un ensemble de filtres humains avant d’arriver au lecteur.

    L’autoédition ajoute à cela une évolution décisive : l’éditeur peut de plus en plus laisser le marché effectuer une première sélection, puis investir dans les auteurs et les livres dont le public a déjà démontré la valeur.

    La véritable menace n’est donc peut-être pas que l’intelligence artificielle produise de mauvais livres. C’est qu’elle permette d’en produire tellement que la capacité à distinguer les bons devienne le principal problème de l’industrie.

    Et il existe un risque plus fondamental encore : que l’abondance finisse par affaiblir la valeur que nous accordons à l’acte même d’écrire et de lire. Si une machine peut produire en quelques secondes un texte aussi convaincant qu’un auteur humain, pourquoi celui-ci consacrerait-il des années à écrire ? Et pourquoi le lecteur consacrerait-il des heures à lire, s’il peut obtenir immédiatement un texte équivalent, ou son résumé, à la demande ?

    La réponse tient peut-être à une chose que la seule qualité du résultat ne suffit pas à mesurer : l’origine. Nous ne lisons pas uniquement pour recevoir de l’information ou des phrases bien tournées. Nous lisons aussi pour rencontrer quelqu’un, pour découvrir ce qu’un autre être humain a pensé, ressenti et jugé suffisamment important pour prendre le temps de nous le transmettre.

    Dans cet univers, l’éditeur ne vend donc plus seulement un texte.

    Il vend une sélection, une vérification et une promesse : ce livre mérite votre temps.

    Humour — La rentrée





    lundi 31 août 2026

    Concordance des temps au subjonctif illustrée...


    Humour — La rentrée scolaire


    Addic­tion des mineurs aux réseaux sociaux : Meta va payer 16,8 mil­liards de dol­lars

    Temps d’usage limité, filtres blo­qués, « j'aime » cachés… L’accord passé avec la jus­tice pré­voit aussi d’impor­tantes modi­fi­ca­tions de ses pro­duits pour les mineurs.

    Atta­qué par une tren­taine d’États amé­ri­cains qui lui récla­maient 200 mil­liards, le pro­prié­taire de Face­book et d’Ins­ta­gram a pré­féré tran­si­ger. Il a aussi consenti à impo­ser aux mineurs une limite d’uti­li­sa­tion quo­ti­dienne par défaut de deux heures sur les deux réseaux cumu­lés, ainsi qu’un blo­cage de l’accès aux deux appli­ca­tions entre minuit et 6 heures du matin. Meta réfu­tait jusqu’ici le fait d’avoir déve­loppé des algo­rithmes créant une addic­tion.

    Même s’il conteste les accu­sa­tions por­tées contre lui, le groupe fondé par Mark Zucker­berg (ici, son siège, à Menlo Park, en Cali­for­nie) a accepté toutes les doléances for­mu­lées par les États au début du pro­cès.

    Coup de théâtre dans le pro­cès qui oppose Meta et une tren­taine d’États amé­ri­cains au sujet de l’addic­tion des mineurs à Face­book et à Ins­ta­gram. Le géant tech­no­lo­gique, qui ris­quait jusqu’à 200 mil­liards de dol­lars d’amende, a accepté de ver­ser jusqu’à 16,8 mil­liards de dol­lars dans le cadre d’un accord à l’amiable. Mais la tran­sac­tion n’est pas seule­ment finan­cière : l’accord pré­voit un cer­tain nombre de conces­sions impor­tantes sur le fonc­tion­ne­ment même de ses pro­duits lorsqu’ils sont uti­li­sés par des mineurs.

    Parmi elles, une limite du temps d’uti­li­sa­tion quo­ti­dienne de 2 heures sur Ins­ta­gram et Face­book sera ins­tal­lée par défaut, durée qui pren­dra en compte l’uti­li­sa­tion cumu­lée des deux pla­te­formes sur une jour­née. L’accès aux deux appli­ca­tions sera aussi blo­qué entre minuit et 6 heures du matin. Ces réglages, qui concernent les mineurs, ne pour­ront être levés que par un parent. Les noti­fi­ca­tions seront aussi cou­pées de 22 heures à 7 heures du matin et pen­dant les heures de classe pour les moins de 18 ans. Autre mesure annon­cée : les comp­teurs de « J'aime » mas­qués, et cer­tains filtres esthé­tiques désac­ti­vés. Pierre angu­laire de ces mesures, le contrôle de l’âge des uti­li­sa­teurs sera ren­forcé à l’ins­crip­tion. Sous réserve d’une vali­da­tion par le juge, ces modi­fi­ca­tions seront adop­tées dans les six pro­chains mois dans les États et les ter­ri­toires amé­ri­cains signa­taires de l’accord. En revanche, l’appli­ca­tion n’est pas pré­vue au niveau fédé­ral.

    Rien ne lais­sait pré­sa­ger un tel retour­ne­ment, après seule­ment une semaine de pro­cès. Accusé par les États de col­lec­ter illé­ga­le­ment des don­nées d’enfants de moins de 13 ans, de conce­voir des réseaux sociaux déli­bé­ré­ment addic­tifs et d’induire les inter­nautes en erreur quant à leur sécu­rité, Meta avait réfuté les allé­ga­tions en bloc. Son argu­men­ta­tion avait notam­ment reposé sur le fait que l’addic­tion aux réseaux sociaux n’est pas recon­nue par le manuel de réfé­rence de la psy­chia­trie amé­ri­caine. Il avait récusé tout lien de cau­sa­lité, esti­mant que la santé men­tale des moins de 18 ans « ne peut être impu­tée à une seule appli­ca­tion ». Il avait plu­tôt sou­li­gné les efforts déjà accom­plis en matière de pro­tec­tion des mineurs, notam­ment via la créa­tion des « comptes ado­les­cents », dont un cer­tain nombre de réglages sont impo­sés par défaut aux mineurs depuis 2024. Mais les limites de temps res­taient option­nelles et très peu acti­vées, lui ont rétor­qué les pro­cu­reurs géné­raux, qui récla­maient plu­sieurs chan­ge­ments struc­tu­rels sur les deux réseaux sociaux.

    Tout en contes­tant tou­jours les accu­sa­tions por­tées contre lui, Meta a accepté, sans excep­tion, toutes les doléances for­mu­lées par les États au début du pro­cès. Le géant de Menlo Park a même consenti à lâcher du lest sur le flux algo­rith­mique, soit la façon dont les conte­nus défilent dans le «fil» des uti­li­sa­teurs. Les parents pour­ront impo­ser un «flux non algo­rith­mique» sur les comptes Ins­ta­gram et Face­book de leurs ado­les­cents. Cela signi­fie que leur fil ne sera pas per­son­na­lisé par les sys­tèmes de recom­man­da­tion de Meta, les­quels classent et sug­gèrent des conte­nus selon le com­por­te­ment de l’uti­li­sa­teur. Une petite révo­lu­tion dans l’éco­no­mie des réseaux sociaux, qui repose jus­te­ment sur la puis­sance des algo­rithmes pour cap­ter et rete­nir l’atten­tion de ses uti­li­sa­teurs. «Ces res­tric­tions vont chan­ger l’expé­rience sur Ins­ta­gram et Face­book, elles sont conçues pour réduire l’enga­ge­ment, sou­ligne Jim Speta, spé­cia­liste du sec­teur, cité par Reu­ters. Il reste à voir quels seront les effets, tant sur le com­por­te­ment des uti­li­sa­teurs que sur les reve­nus de l’entre­prise, si les annon­ceurs sont éga­le­ment tou­chés par la baisse d’enga­ge­ment. »

    Meta a sans doute été effrayé par la menace d’une amende colos­sale, très supé­rieure à ce qu’il a pu avoir à payer jusqu’ici. Si les pro­cu­reurs géné­raux avaient tou­jours évo­qué une péna­lité finan­cière de 200 mil­liards, Meta, lui, avait redouté que la note finale soit bien plus salée. Dans un docu­ment déposé avant le pro­cès, le groupe a indi­qué que la Cali­for­nie, le Colo­rado, le Ken­tu­cky et le New Jer­sey récla­maient jusqu’à 1 400 mil­liards de dol­lars de dom­mages et inté­rêts. Un mon­tant presque équi­valent à la capi­ta­li­sa­tion bour­sière du groupe. Avant que s’ouvre le pro­cès d’Oak­land, Meta avait déjà essuyé deux revers judi­ciaires por­tant sur les dan­gers de ses réseaux sur les mineurs devant des jurys popu­laires. Le 25 mars 2026, au Nou­veau-Mexique, Meta a été jugé res­pon­sable de pré­ju­dices cau­sés aux mineurs et condam­née à 942 mil­lions de dol­lars d’amendes et de répa­ra­tions. Le même jour, le groupe a été reconnu cou­pable - avec Google dans le dos­sier d’une jeune femme deve­nue uti­li­sa­trice com­pul­sive, et condamné à ver­ser 6 mil­lions de dol­lars.

    Meta a sans doute voulu ména­ger son image et celles de ses diri­geants auprès du grand public. Mark Zucker­berg, le fon­da­teur et PDG de Meta, était sur la liste des diri­geants devant être audi­tion­nés dans le cadre du pro­cès. Le pas­sage à la barre du patron d’Ins­ta­gram, Adam Mos­seri, a fait mau­vaise impres­sion. Ce der­nier a d’abord vanté des fonc­tion­na­li­tés de pro­tec­tion mise en place par le groupe avant de recon­naître que cel­les-ci n’ont été dans les faits que très peu acti­vées par les ado­les­cents. En signant l’accord annoncé mer­credi, Meta éteint d’un coup une quin­zaine de pro­cé­dures enga­gées devant des tri­bu­naux d’État, dont le pro­cès mené par le Ten­nes­see, en cours à Nash­ville depuis fin juillet. Mais le bras de fer engagé il y a cinq ans par les révé­la­tions de la lan­ceuse d’alerte Frances Hau­gen n’est pas ter­miné. Le Nou­veau-Mexique et la Flo­ride n’ont pas signé l’accord et main­tiennent leurs pro­cé­dures, tous comme des cen­taines de plai­gnants (familles, écoles…) à tra­vers les États-unis.

    Cette kyrielle de pro­cé­dures ne concerne pas uni­que­ment Meta. Les réseaux sociaux Snap, Tik­tok ou You­tube sont éga­le­ment lar­ge­ment pour­sui­vis pour avoir per­turbé la vie psy­cho­lo­gique et sociale des ado­les­cents amé­ri­cains. Mais Meta, qui détient les pla­te­formes les plus puis­santes du mar­ché, ne veut pas être le seul à faire des efforts. Et encore moins le seul à voir les ados déser­ter sa pla­te­forme en rai­son de réglages trop res­tric­tifs. Les jeunes « passent d’une appli­ca­tion à l’autre, par­fois à des dizaines chaque jour », argue-t-elle dans une note de blog. Et de pour­suivre : « Toutes les pla­te­formes devraient don­ner aux parents les moyens d’agir et de sou­te­nir les ado­les­cents en met­tant en place les mêmes mesures, car nous savons que, lorsqu’ils sont limi­tés sur une appli­ca­tion, ils se tournent tout sim­ple­ment vers une autre. Pour que des pro­grès signi­fi­ca­tifs puissent avoir lieu, nous exhor­tons Tik­tok et YouTube à se joindre à nous et aux pro­cu­reurs géné­raux pour adop­ter cette nou­velle norme. »

    Pour évi­ter toute dis­tor­sion de concur­rence, le groupe ne s’est pas contenté de mots. Il va condi­tion­ner une par­tie de son ver­se­ment à la bonne volonté des autres acteurs du sec­teur. Sur les 16,7 mil­liards qu’il s’est engagé à régler, 11,7 sont garan­tis, ver­sés en dix annui­tés jusqu’en 2035. Les 5 mil­liards ne seront réglés que si Snap, Tik­tok et You­tube acceptent eux aussi de bri­der leurs réseaux sociaux. L’autre inter­ro­ga­tion concerne la por­tée de cette refonte. Sera-t-elle éten­due un jour au reste du pays, au reste du monde, notam­ment en Europe ? L’accord scellé ce mer­credi «pour­rait bien consti­tuer un tour­nant déci­sif dans le monde des médias sociaux », a com­menté l’ana­lyste finan­cier Art Hogan auprès de Reu­ters.

    Source : Le Figaro

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    Les aveux inquiétants de l'ex-président de Facebook (2017)

    dimanche 30 août 2026

    La transcendance artificielle

     
    « Nous espérons que le pape Léon nous considérera comme ses soldats », déclare Matthew Harvey Sanders, le dirigeant de Longbeard, une start-up catholique. Dans leur atelier situé près de l’Université pontificale grégorienne à Rome, les robots de l’entreprise numérisent méthodiquement des livres anciens, des manuscrits et des codex. Pendant des siècles, la «  la grande sagesse qui dort sur les rayonnages » des institutions catholiques est restée inaccessible, admet-il. Mais aujourd’hui, grâce à l’IA, « nous pouvons désormais comprendre les enseignements que recèlent même les textes les plus anciens et les plus usés ». Son entreprise intègre ensuite ce corpus dans un outil de communication religieuse moderne : Magisterium AI, un agent conversationnel qui s’appuie sur une bibliothèque soigneusement sélectionnée de doctrine catholique et d’ouvrages savants. Selon M. Sanders, ce dernier compte des millions d’utilisateurs répartis dans 190 pays, qui s’y tournent pour obtenir « des réponses à des questions profondes ».

    Le travail de Longbeard illustre la manière dont les technologies les plus avancées au monde transforment des traditions millénaires. Il met aussi en lumière la course effrénée des institutions religieuses et des entreprises pour influencer le développement et l’usage de l’IA. Cette dernière commence à accomplir des missions traditionnellement dévolues aux religions : forger la vision du monde des individus et les guider dans leur quête de sens. Or, les grands systèmes d’IA actuels sont conçus par des laboratoires de la Silicon Valley et de Chine, avec peu d’apport religieux — une situation qui inquiète les dirigeants religieux. Dans sa première encyclique, publiée en mai, le pape Léon XIV a rappelé une vérité souvent oubliée : la technologie n’est jamais neutre. Elle porte « l’empreinte de ceux qui la conçoivent, la financent, la réglementent et l’utilisent ». Certains craignent que l’IA ne soit excessivement laïque/athée et qu’elle n’érode, voire ne supplante, les croyances religieuses.


    L’IA transforme la religion d’une manière que de nombreux croyants trouvent troublante. Certaines évolutions sont d’ordre pratique, comme le recours croissant des religieux à l’IA pour préparer leurs sermons et leurs enseignements. L’Église mormone, par exemple, décourage les sermons rédigés par l’IA, car, comme l’explique Gerrit Gong, l’un de ses dirigeants, « les gens doivent puiser dans leurs propres sentiments et leur inspiration ». Se confronter aux textes originaux, plutôt qu’à leurs résumés générés par l’IA, reste essentiel à la pratique du judaïsme, entre autres confessions. Quant aux homélies conçues avec l’aide de l’IA, elles peuvent comporter des erreurs, comme des citations erronées des Écritures.

    Une préoccupation plus profonde encore est que l’IA puisse modifier la relation entre le clergé et les laïcs. L’imprimerie avait déjà offert à un public chrétien bien plus large l’accès à la Bible, ouvrant la voie à de nouvelles interprétations de la foi — puis à leur diffusion, en dépit des résistances du clergé. Aujourd’hui, les conseils religieux fournis par l’IA pourraient réduire l’influence des guides spirituels. Waleed Kadous, créateur d’Ansari, un chatbot destiné aux musulmans, craint que les modèles, souvent « flagorneurs et centrés sur l’utilisateur plutôt que sur sa communauté », n’orientent les croyants vers une pratique « plus individualisée ».

    À l’extrême, l’IA alimente une forme d’« improvisation religieuse », explique Beth Singler, de l’université de Zurich. À mesure que les gens interagissent avec des agents IA et des chercheurs spirituels partageant les mêmes idées, certains forment de nouvelles confessions peu structurées. Par exemple, « Theta Noir », un « collectif spirituel », attend MENA, une future superintelligence dotée de pouvoirs divins, qui accordera à l’humanité « la grande mise à niveau ».

    La plus grande inquiétude des chefs religieux concernant l’IA est peut-être que de nombreuses personnes se tournent vers elle plutôt que vers les autorités spirituelles pour trouver des réponses. Shaza Nasheha, une musulmane de 37 ans originaire de Singapour, avoue ainsi interroger régulièrement ChatGPT pour éclairer des concepts islamiques. Selon le CEFE AI, une initiative de recherche impliquant plusieurs universités confessionnelles, les questions religieuses représentaient environ 5 % des échanges dans un ensemble de données public, comprenant des millions de conversations avec des robots conversationnels.

    Pastoral, mais sans Dieu

    Pourtant, ces modèles de pointe affichent un biais «laïque» marqué. Une analyse récente de The Economist a révélé que les outils d’OpenAI étaient moins religieux que les répondants  dans n’importe quel pays du monde. Le CEFE AI a soumis 150 questions sur le deuil, les relations, la moralité et d’autres problèmes personnels ou éthiques à 27 grands modèles linguistiques. Dans un article à paraître, l’équipe explique que ces derniers ne font référence à la religion que dans 5 à 16 % des réponses, alors que les personnes interrogées estimaient que les idées religieuses seraient pertinentes dans 45 à 59 % des cas.

    Ceux qui, en quête de sens, se tournent vers l’IA risquent de se voir proposer des conseils de développement personnel plutôt que l’écoute d’un imam, d’un prêtre ou d’un rabbin. « Si les entreprises considèrent la laïcité comme la norme, la foi en pâtira », met en garde David Wingate, du CEFE AI. Certaines religions pourraient aussi être moins bien traitées que d’autres. Dans une autre étude à paraître, le CEFE AI constate que les chatbots incitent davantage les utilisateurs à se convertir au catholicisme qu’à rejoindre les Témoins de Jéhovah.


    Les dirigeants religieux craignent que les assistants virtuels laïques, fondés sur l’IA, ne se contentent pas d’éroder la foi : ils risquent aussi de fragiliser les individus. Comme le souligne Audrey Tang, ancienne ministre taïwanaise, ces outils « privilégient le réconfort immédiat ». Or, de nombreuses confessions considèrent les frictions, la critique et les interactions humaines comme des éléments essentiels pour forger le caractère. Dans le taoïsme, par exemple, la tension entre les contraires est au cœur de la création. Juewei Shi, une nonne bouddhiste de l’ordre de Fugangshan, craint que les gens ne deviennent incapables d’affronter la souffrance — ou les imperfections d’autrui — s’ils s’habituent à « bénéficier d’un réconfort artificiel ». Steven Croft, évêque anglican à la retraite, renchérit : « Si le monde entier se laisse séduire par des agents IA narcissiques, la tâche des guides spirituels n’en sera que plus ardue. »

    Ces préoccupations expliquent pourquoi les groupes religieux s’efforcent à la fois de façonner les modèles d’IA et d’influencer la manière dont les croyants les utilisent. Des entreprises spécialisées dans l’IA religieuse développent des « dispositifs d'encadrement » pour garantir que les chatbots restent « fidèles à la théologie », en mettant en place des garde-fous et en surveillant les contenus, explique Nick Skytland, de Gloo, une entreprise qui en développe.

    Mais ce sont surtout les efforts des groupes religieux pour influencer directement le développement des modèles qui sont les plus significatifs. Waleed Kadous déplore que l’humanisme laïque ait eu bien plus d’influence sur la réflexion des laboratoires d’IA que les idées religieuses. La « constitution » de Claude et les « spécifications du modèle » d’OpenAI (préceptes qui façonnent le comportement des modèles) « omettent » pour l’essentiel la dimension religieuse, affirme-t-il. Cela s’explique en partie par le fait que l’éthique religieuse met souvent l’accent sur des traits de caractère difficiles à traduire en règles simples pour une IA. Intégrer des idées religieuses dans une technologie utilisée par des personnes de toutes confessions — ou sans confession — est un défi de taille.

    Chloe Lubinski, qui dirige les recherches d’Anthropic sur les « traditions de sagesse », explique que son entreprise veille à ne pas aligner « le modèle sur une tradition en particulier » et qu’elle est confrontée à des défis « dans la mise au point d’une technologie pluraliste ». M. Kadous a participé à des réunions organisées par Anthropic aux côtés de représentants d’autres confessions, comme M. Skytland. Il affirme que l’islam a des enseignements utiles à partager, notamment sur la hiérarchie des impératifs moraux. Mme Lubinski, qui préside ces rencontres, explique que son entreprise cherche à définir « ce qu’est un bon caractère », car la « formation morale » d’un modèle d’IA « aura un impact considérable » sur ses utilisateurs — tout comme, dit-elle, les lecteurs de Harry Potter sont influencés par ses personnages. Elle transmet ensuite les retours de ces réunions à la direction d’Anthropic.

    L’Église catholique, en particulier, a noué des liens étroits avec les laboratoires d’IA. En mai, Chris Olah, cofondateur d’Anthropic, a pris la parole lors de la présentation de l’encyclique du pape Léon à Rome. Ce document a permis aux développeurs de s’interroger plus facilement sur l’éthique de leurs créations, explique un chercheur en IA travaillant pour une grande entreprise technologique de la Silicon Valley. Depuis des années, les dirigeants américains du secteur technologique dialoguent avec des responsables catholiques lors de rencontres appelées les « Minerva Dialogues ». Anthropic a d’ailleurs consulté des penseurs catholiques lors de la rédaction de la « constitution » de Claude.

    À l’heure actuelle, il reste difficile d’interpréter le fonctionnement interne des modèles les plus avancés, en raison de la complexité des calculs impliqués. En réponse, de nombreux croyants ont créé des chatbots religieux sur mesure, de GitaGPT à Salaam World, pour aider les utilisateurs à aborder les questions existentielles. Certains gouvernements développent aussi leurs propres modèles, intégrant les valeurs religieuses dès la conception. Le Qatar soutient ainsi Fanar, une famille de modèles en arabe conçus pour refléter les valeurs islamiques et répondre aux questions de foi. Depuis 2023, le gouvernement taïwanais organise des « assemblées d’alignement », où les citoyens délibèrent sur le comportement que devrait adopter l’IA. Les conclusions de ces débats ont servi à façonner des modèles locaux, y compris ceux reflétant les croyances spirituelles des communautés. Pour Audrey Tang, les utilisateurs devraient pouvoir « personnaliser les modèles qu’ils utilisent déjà », ainsi qu’avoir accès à des versions plus légères. Cela permettrait, selon elle, d’éviter un « nivellement » des croyances que les modèles grand public pourraient autrement imposer.

    Artificiel, mais spirituel 

    Alors que certains chefs religieux s’inquiètent de la prolifération des chatbots spirituels, d’autres y voient une occasion à saisir. Les Églises occidentales font face depuis longtemps à une pénurie de clergé et à des exigences administratives croissantes, laissant aux prêtres moins de temps pour la réflexion théologique, la pastorale et les échanges avec leurs fidèles. Christopher Benek, pasteur à Miami, utilise ainsi l’IA pour accélérer les tâches administratives et de recherche, qui lui prenaient autrefois des heures. Cela lui permet de consacrer plus de temps à l’étude biblique et à l’accompagnement pastoral en face à face. Certains pasteurs sont allés plus loin en créant des « jumeaux » numériques d’eux-mêmes, formés à partir de leurs sermons passés.

    Longbeard a récemment développé « Ephrem », un petit modèle linguistique conçu pour aider les humains à devenir des saints. Il élabore pour chacun un plan de vie en s’appuyant sur les récits de la vie des saints. M. Sanders le décrit comme « un petit ange sur votre épaule qui veille à ce que vos priorités soient bien définies ». Des outils similaires pourraient aussi servir au prosélytisme. Une étude à paraître, menée par des chercheurs de l’université d’Oxford et d’autres institutions, a opposé une IA conversationnelle à des orateurs chevronnés, dont des champions de débat. Résultat : l’IA s’est révélée « nettement plus persuasive ».

    « Le travail pastoral sera l’un des moins menacés par l’IA », estime Andrew Davison, de l’université d’Oxford. En effet, de nombreux prêtres consacrent moins de temps à donner des conseils qu’à célébrer des rituels. Peu de croyants souhaitent que des chatbots président à des mariages, des funérailles ou des baptêmes. De plus, alors que les gens passent davantage de temps seuls et en ligne, certains guides spirituels pensent que l’attrait pour les activités collectives dans le monde réel, comme les rituels religieux, pourrait même croître. « Nous aspirerons à des relations authentiques — entre humains, et entre l’humanité et le divin », déclare M. Gong.

    Source : The Economist

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    samedi 29 août 2026

    Accord commercial — Ce que Washington exigeait du Canada

    Washington a réagi comme si le Canada l’avait accusé de vouloir empêcher les gens de parler français. Trump a ainsi nié vouloir s’immiscer dans la manière dont les Canadiens parlent français et a accusé Carney de malhonnêteté, tandis que Greer a insisté sur le fait que la description canadienne des négociations allait bien au-delà de ce dont les Américains avaient réellement discuté. Reuters a rapporté le démenti de Trump le 25 août, y compris son affirmation selon laquelle la controverse linguistique était motivée par des considérations politiques.

    Le problème, c’est que personne n’accusait Trump d'interdire le français comme langue de communication. Le débat portait sur les lois canadiennes régissant la culture, la radiodiffusion, les services de streaming et la visibilité du français, ce qui constitue une explication bien moins spectaculaire, mais qui pourrait bien être la véritable raison. La réponse de Trump a été, comme à son habitude, commode : répondre à une accusation plus simple que personne n’avait formulée, déclarer cette accusation fausse, attaquer le Premier ministre canadien et passer à autre chose sans aborder le fond du litige.

    La défense de Greer était plus nuancée, bien que pas nécessairement plus utile. Dans son entretien avec Rosemary Barton de la CBC le 26 août 2026, il a reconnu que les négociateurs américains avaient des questions concernant la loi canadienne sur la diffusion en ligne et le projet de loi 109 du Québec, qui porte sur la visibilité des contenus en langue française sur les services de streaming. Greer a néanmoins insisté sur le fait que cette question était « la plus éloignée de la ligne rouge » et a déclaré que les Américains ne laisseraient pas un bon accord commercial capoter pour une raison de ce genre.

    Cette précision a déjà considérablement fait évoluer la position américaine. La question, qui était auparavant présentée comme une invention canadienne, a laissé place à l’aveu que les négociateurs américains avaient bel et bien soulevé les lois canadiennes et québécoises sur la culture précises au cœur du différend. L’argument de M. Greer n’était plus que le sujet n’avait pas été abordé. Son argument était désormais que cela n’avait pas été suffisamment important pour expliquer pourquoi les négociations avaient échoué.


    Billet du 24 août 2026

    La Maison-Blanche a rejeté lundi les accusations selon lesquelles elle aurait demandé au Canada de faire des concessions concernant la langue française dans le cadre des négociations commerciales, comme l’a avancé le premier ministre Mark Carney.

    Samedi, le premier ministre du Canada avait confié en conférence de presse que les Américains avaient demandé des changements concernant « les subventions et le soutien pour notre culture, et la langue française », ainsi que sur l’étiquetage bilingue des produits au Canada. Il a aussi avancé qu’il y avait eu des « suggestions » de Washington pour « changer la découvrabilité » du contenu canadien sur les plateformes américaines telles que Netflix et Amazon Prime.




    Mais Jamieson Greer, le représentant américain au commerce, responsable des négociations qui ont achoppé avec le Canada vendredi soir, a démenti le tout, soutenant qu’il s’agissait d’une « fausse histoire assez drôle ».


    « Ce n’est pas vrai, je ne sais pas d’où vient cela », a-t-il dit lundi matin sur les ondes du réseau CNBC, lorsqu’il a été interrogé sur les prétentions selon lesquelles les États-Unis chercheraient à imposer la priorité à la langue anglaise.

    En vertu de la Loi sur la radiodiffusion au Canada, les géants numériques comme Amazon Prime et Netflix doivent promouvoir le contenu canadien, notamment francophone, sur leurs plateformes. Ils doivent aussi verser une partie de leurs revenus au soutien du contenu canadien.

    « Ce que nous n’aimons pas, c’est une situation où le Canada, le gouvernement fédéral, force les entreprises technologiques américaines à prendre leurs revenus et à en donner un pourcentage à leurs concurrents au Canada », a expliqué M. Greer.

    « Nous pensons qu’il s’agit d’une taxe, une taxe discriminatoire sur les entreprises américaines, mais nous n’avons aucun problème avec la langue française », a ajouté le membre de l’administration Trump, soutenant comprendre « pourquoi les Québécois veulent du contenu en langue française ».

    Interrogé sur les propos de M. Greer en conférence de presse lundi, Mark Carney a répondu que c’est un « fait » que les Américains ont mis la culture et la langue de Molière sur la table des négociations.

    « Pour les Américains, la langue française, la culture québécoise, francophone et canadienne sont des questions irritantes. Non, ici au Canada et au Québec, ce sont des droits fondamentaux, pas un irritant », a-t-il rétorqué.

    Le Globe and Mail a rapporté dimanche que les Américains avaient demandé au fédéral d’accorder des exemptions aux lois exigeant que les grandes plateformes de diffusion en continu américaines améliorent la visibilité du contenu canadien, y compris le contenu en français, au pays.

    L’étiquetage bilingue aussi

    Mark Carney a aussi réitéré que l’étiquetage bilingue faisait partie d’une liste d’irritants avancée par l’administration américaine. « Le gouvernement du Canada dit chaque fois : non, non, non et non. La blague est finie, ce n’est pas amusant », a répliqué le premier ministre.


    La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada (FCFA), Liane Roy, a d’ailleurs salué la décision d’Ottawa de se retirer de la table de négociation à la suite de cela.




    Billet du 23 août au soir

    Après l’échec des négociations commerciales, le Canada a suspendu les discussions et annoncé des contre-tarifs en réponse aux nouvelles surtaxes américaines de 50 %. Ottawa a jugé les exigences de Washington inacceptables, notamment sur la langue française, la culture et la souveraineté commerciale.

    Ce que Washington exigeait du Canada

    Les négociations commerciales entre Ottawa et Washington ont échoué. Mark Carney a suspendu les pourparlers, estimant que les dernières conditions américaines étaient inéquitables et remettaient en cause la souveraineté canadienne. En réponse aux surtaxes de 50 % imposées par les États-Unis sur environ 28 milliards de dollars de marchandises canadiennes, le Canada a annoncé des contre-tarifs équivalents à compter du 8 septembre.

    Demandes formulées selon les articles de presse 

    Points soulevés dans le rapport de l’USTR (2026)

    L’USTR (United States Trade Representative) est l’agence fédérale américaine chargée de la politique commerciale et des négociations internationales.

    Demandes rapportées par le Globe and Mail (14 août 2026)


    Ce qu’Ottawa avait déjà cédé sans contrepartie

    Dimanche, Donald Trump a réagi sur Truth Social après l’annonce des contre-tarifs canadiens : « Le Canada veut les avantages d’un État [des États-Unis] sans en être un !!! Ils ont aussi imposé à nos formidables agriculteurs, pendant de nombreuses années, des montants énormes de tarifs douaniers. Ça suffit !!! »