lundi 16 février 2026

Les poursuites judiciaires contre les traitements de transition pour les mineurs pourraient prendre une ampleur considérable

Les poursuites judiciaires autour des traitements médicaux de transition pour les mineurs pourraient prendre une ampleur considérable

Une personne ayant renoncé à sa réassignation sexuelle s'est vu octroyer 2 millions de dollars. À mesure que les directives américaines évoluent, d'autres suivront.


Des milliers de jeunes filles américaines ont subi une mastectomie élective dans le cadre d'un traitement de transition sexuelle. Selon le Journal of the American Medical Association, entre 2016 et 2020, 3 215 mastectomies, 405 chirurgies génitales et 350 autres interventions liées au genre ont été pratiquées sur des personnes âgées de 12 à 18 ans des deux sexes ; le nombre réel est certainement plus élevé. Les partisans de ces interventions chez les mineurs affirment qu'elles peuvent soulager la détresse et même prévenir le suicide. Leurs détracteurs estiment que les preuves à l'appui sont peu probantes et prédisent une avalanche de poursuites pour faute professionnelle médicale.

Deux événements récents suggèrent que les médecins qui prescrivent des interventions irréversibles de transition à des adolescents auraient tout intérêt à prendre ces menaces de poursuite en justice au sérieux. Le premier événement est l'octroi d'une indemnité de 2 millions de dollars à une patiente de New York le 30 janvier dernier.

L'affaire concernait une femme appelée Fox Varian. Après une enfance difficile, au cours de laquelle ses parents se sont disputés sa garde, Mme Varian a commencé à souffrir de dépression et d'anxiété. Elle a également été diagnostiquée autiste. À l'âge de 15 ans, elle a commencé à s'identifier comme un garçon. Son psychologue aurait averti sa mère qu'elle risquait de se suicider si elle ne subissait pas l'opération.

En décembre 2019, à l'âge de 16 ans, Mme Varian a subi une double mastectomie. Loin de s'améliorer, sa santé mentale s'est détériorée. En 2022, elle a décidé de revenir sur sa transition. L'année suivante, elle a intenté un procès pour faute professionnelle médicale contre son psychologue et son chirurgien. Il s'agissait du premier procès devant un jury américain de ce type intenté par une personne ayant renoncé à sa transition. « J'avais 16 ans et j'étais vraiment, vraiment malade mentalement, c'est évident », a déclaré Mme Varian au tribunal, selon le Free Press. Le jury lui a accordé 1,6 million de dollars pour ses souffrances passées et futures et 400 000 dollars pour ses frais médicaux futurs.

Le deuxième avertissement est venu le 3 février, lorsque l'American Society of Plastic Surgeons (ASPS), qui représente plus de 90 % des professionnels de la chirurgie plastique aux États-Unis et au Canada, s'est prononcée contre les chirurgies liées au genre pour les patients de moins de 19 ans. Dans un communiqué, elle a invoqué « les limites en termes de qualité, de cohérence et de suivi des études, ainsi que les preuves émergentes de complications liées au traitement et de risques potentiels ».

Elle a également réitéré ses doutes quant à la fiabilité des directives cliniques existantes en matière de soins liés au genre aux États-Unis, soulignant qu'il n'existe pas de « preuves suffisantes » que les avantages l'emportent sur les inconvénients de la prescription d'hormones du sexe opposé ou de bloqueurs de puberté aux adolescents. Le traitement hormonal peut avoir des effets moins spectaculaires que la chirurgie, mais il peut également avoir des effets permanents, tels que la stérilité.

L'ASPS est la première association médicale américaine à adopter l'une de ces positions. Le lendemain, l'Association médicale américaine, qui représente plus de 250 000 médecins, a déclaré que « les preuves en faveur des interventions chirurgicales d'affirmation du genre chez les mineurs étant insuffisantes, l'AMA partage l'avis de l'ASPS selon lequel les interventions chirurgicales chez les mineurs devraient généralement être reportées jusqu'à l'âge adulte ».

Tout cela fait écho aux avertissements lancés dans certains pays européens. En 2024, un rapport commandé par le gouvernement britannique, connu sous le nom de Cass Review, a conclu que les preuves des avantages (et des inconvénients) des bloqueurs de puberté et des hormones sexuelles croisées sur les enfants et les adolescents étaient « remarquablement faibles ». Sous la présidence de Donald Trump, le département fédéral américain de la santé et des services sociaux a publié un rapport similaire, qui convenait que les preuves des avantages étaient fragiles et que le traitement soulevait de graves préoccupations éthiques.

Le sujet est politiquement sensible. De nombreux partisans de M. Trump tiennent des propos hostiles à l'égard des personnes transgenres, et plusieurs de ses décrets présidentiels visent les transgenres. Dans le même temps, certains progressistes américains rejettent le rapport du HHS simplement parce qu'il a été commandé par M. Trump. « De nombreux démocrates associent la restriction de la transition des adolescents au président Trump, ils doivent donc s'y opposer, même si les preuves des avantages de ces procédures sont clairement très peu convaincantes et que les inconvénients sont de plus en plus nombreux », explique Zhenya Abbruzzese, de l'ONG Society for Evidence-Based Gender Medicine.

En l'absence d'un service national de santé, la profession médicale américaine fixe ses propres normes. Les directives des associations médicales en sont un élément important. Plusieurs des plus importantes, dont l'American Academy of Paediatrics (AAP), continuent de soutenir la transition des adolescents. Le 4 février, le directeur de l'AAP, Andrew Racine, a déclaré que « ce sont les patients, leurs familles et leurs médecins, et non les politiciens, qui doivent décider ensemble des soins qui leur conviennent le mieux ».

Les Américains ont généralement tendance à faire confiance aux médecins, mais ils se méfient de ces procédures pour les enfants. Un sondage réalisé par le New York Times en 2025 a révélé que 90 % des républicains et 54 % des démocrates s'opposaient à l'administration de bloqueurs de puberté ou d'hormones du sexe opposé aux mineurs.

Les partisans de la transition des adolescents ont minimisé l'importance de l'affaire Varian, affirmant que les circonstances la rendaient peu pertinente pour d'autres procès liés à la détransition. Les détracteurs, en revanche, pensent que la semaine dernière pourrait marquer un tournant. Plus d'une vingtaine d'autres « détransitionneurs » ont intenté des poursuites judiciaires. Les observateurs estiment que les dommages-intérêts pourraient s'élever à plusieurs centaines de millions de dollars. « Je ne dirais pas que c'est la rupture du barrage, mais il est clair que de nouvelles fissures apparaissent », déclare Leor Sapir, coauteur du récent rapport du HHS.

Source : The Economist


dimanche 15 février 2026

Sondage – Forte opposition à la régularisation massive par le gouvernement de gauche espagnol


Un article du journal en ligne El Español affirme
, sur la base d’un sondage de l’institut SocioMétrica, que 67,4 % des Espagnols et 89,3 % des 17–35 ans s’opposent à la régularisation d’environ 850 000 immigrés en situation irrégulière décidée par le gouvernement de Pedro Sánchez. Seuls 29,4 % y seraient favorables, principalement parmi les électeurs (de gauche) du PSOE, de Sumar et de Podemos.

Le texte souligne plusieurs inquiétudes relevées par l’enquête :
  • 69 % des sondés redoutent un « effet d’appel », de pompe aspirante.
  • 67,6 % estiment que la mesure pourrait permettre à des délinquants d’obtenir un titre de séjour.
  • 82,6 % souhaitent l’expulsion des candidats à la régularisation incapables de prouver l’absence d’antécédents judiciaires.
  • 41 % pensent que l’objectif réel du gouvernement serait de modifier le corps électoral, en écho aux déclarations polémiques d’Irene Montero de Podemos (vidéo ci-dessous) sur le « remplacement ». Plus d’un million d’étrangers ont obtenu la nationalité espagnole depuis 2018, selon les données officielles de l’INE et des projections basées sur les tendances récentes. Ils pourront bientôt voter aux élections (cela dépend de leur origine).
L’article évoque aussi les critiques de responsables européens, notamment du commissaire européen à la migration Magnus Brunner et du Parti populaire européen, qui jugent la régularisation massive contraire à la ligne de fermeté adoptée récemment dans l’UE.

Rappel

Irene Montero, ancienne ministre espagnole de l'Égalité et dirigeante du parti Podemos, appelle de ses vœux le remplacement des Espagnols de souche :
Je demande aux personnes migrantes et racisées, s'il vous plaît ne nous laissez pas  seules [au féminin] avec ces tous ces fascistes. Il va de soi que nous voulons que vous votiez. Bien sûr que oui. Nous [vous] avons obtenu des papiers, la régularisation. Et maintenant il s'agit d'obtenir la nationalité ou de changer la loi pour que vous puissiez voter.

Espérons-le. La théorie du remplacement ? Si seulement nous pouvions balayer de ce pays ces fachos et racistes à l'aide de migrants, de travailleurs. 

Bien sûr que je soutiens la théorie du remplacement, j'espère que nous pourrons débarrasser ce pays des fascistes et des racistes grâce aux immigrants. 
Par ailleurs, le gouvernement espagnol a conclu un accord avec Podemos en vue de lancer une régularisation exceptionnelle des personnes migrantes présentes sur le territoire avant le 31 décembre 2025. L’annonce a été faite ce lundi par Irene Montero, candidate du parti aux prochaines élections, qui estime que cette mesure pourrait bénéficier à plus de 500 000 personnes.

Le gouvernement espagnol a concrétisé fin janvier 2026 ce qui avait été annoncé début février : l’adoption d’un décret royal exceptionnel visant à régulariser des centaines de milliers de personnes migrantes en situation irrégulière vivant en Espagne avant le 31 décembre 2025. Ce texte a été approuvé par le Conseil des ministres sans passer par un débat parlementaire, faute de majorité stable au Congrès.

Un décret approuvé, en vigueur, avec application prévue pour avril

Le décret a bien été publié au Journal officiel espagnol et entrera en vigueur dans les semaines à venir. Il crée une procédure exceptionnelle et temporaire par laquelle les personnes migrantes pourront déposer une demande de régularisation entre avril et le 30 juin 2026.

Comme prévu, cette procédure repose sur quelques critères fondamentaux :
  • être présent en Espagne avant le 31 décembre 2025 ;
  • y avoir résidé au moins cinq mois avant cette date ;
  • avoir un casier judiciaire vierge, en Espagne ou à l’étranger ;
  • déposer un dossier comportant des justificatifs de présence (inscription au padrón, contrats, factures, certificats médicaux, etc.).
La mesure s’applique également aux demandeurs d’asile ayant déposé leur demande avant fin décembre 2025.

Une fois la demande déposée, les procédures d’expulsion en cours sont automatiquement suspendues, et les personnes acceptées reçoivent dès l’accueil du dossier une carte de séjour provisoire d’un an avec droit de travailler immédiatement.

Une fois cette année passée, les bénéficiaires pourront demander des titres de séjour ordinaires selon les voies usuelles du droit espagnol.

Précisions importantes sur le critère du casier judiciaire

Dans les faits, cela signifie que les autorités prendront en compte les antécédents connus en Espagne et les informations disponibles sur les pays d’origine ou de résidence précédents ; l’accès à ces documents dépend de la coopération des pays concernés. La réglementation en cours de finalisation clarifiera ces modalités, mais l’examen de l’historique judiciaire reste une condition obligatoire.

Cette exigence n’est pas purement formelle : le gouvernement affirme qu'il est prévu d’empêcher l’accès à la régularisation à ceux qui présentent des condamnations graves ou des risques avérés pour l’ordre public.

Participation publique et règlement d’application

Après l’adoption du décret, le ministère espagnol des migrations a ouvert une consultation publique sur le règlement d’application du dispositif. Ce règlement détaille notamment les preuves de résidence acceptées, les procédures de validation et les délais administratifs, et reste en cours de finalisation avant d’être définitivement publié.

Réactions politiques toujours vives

Le principal parti d’opposition, le Parti populaire (PP), et d’autres formations de droite critiquent ouvertement la mesure, affirmant qu’elle pourrait créer un « effet d’appel » en encourageant davantage de migrations irrégulières et mettre sous pression les services publics. Ils évoquent la possibilité de recours juridiques devant les tribunaux administratifs ou constitutionnels pour contester l’usage du décret comme instrument principal.

Vox, parti de droite nationaliste, et certains acteurs régionalistes ont également renouvelé leur opposition en soulignant les difficultés d’intégration et les risques pour la cohésion sociale.

Pour l’heure, aucune procédure de suspension du décret n’a abouti devant une juridiction supérieure, et le texte reste pleinement en vigueur. Les critiques se concentrent sur les implications politiques et sociales plutôt que sur une illégalité avérée du texte.

Les syndicats alertent sur les défis pratiques


Sur le plan administratif, certaines forces de police et syndicats ont signalé une augmentation des tentatives de fraude ou de déclarations suspectes de perte de documents d’identité, ce qui complique le travail des services chargés de l’identification et de l’instruction des dossiers. Ils recommandent des vérifications rigoureuses des identités et des antécédents avant l’examen des demandes.

L’Odyssée de Christopher Nolan : Hélène de Troie incarnée par Lupita Nyong’o ?

Elle est une des figures à l’origine de la civilisation européenne mais la comédienne qui l’incarnera au cinéma serait d’origine africaine ! Des médias américains ont en effet annoncé que le rôle d’Hélène de Troie, dans le film L’Odyssée que prépare Christopher Nolan et qui devrait sortir l’été prochain, aurait été attribué à l’actrice Lupita Nyong’o (ci-contre), une Mexicaine d’origine kényane. Personnage clé de l’Iliade, Hélène de Troie est, selon la mythologie, la fille grecque de Zeus et de Léda, et l’épouse du roi de Sparte Ménélas. 

Elle est décrite par Homère comme ayant « la peau claire et les cheveux blonds ». Son enlèvement par le prince troyen Pâris est à l’origine de la guerre de Troie, à laquelle participa Ulysse, qui sera de son côté incarné par Matt Damon. 

Le choix de cette comédienne a suscité de violentes critiques de nombreux internautes, qui s’indignent de cette « appropriation culturelle ». C’est le cas d’Elon Musk, issu de cette culture européenne sinon européen lui-même, qui a réagi sur ses réseaux sociaux par un message laconique sans ambiguïté : « Chris Nolan a perdu son intégrité »….

Attention toutefois : aucune annonce officielle n’a confirmé que Lupita Nyong’o incarnera bien Hélène. Le rôle reste au stade de la rumeur insistante, amplifiée par des fuites et des montages truqués sur les réseaux.

Le film L'Odyssée (sortie prévue été 2026, tourné en IMAX) est une adaptation très libre et une « épopée mythique moderne pleine d'action » selon les descriptions. Matt Damon joue Ulysse/Odyssée, Anne Hathaway est probablement Pénélope. On retrouve dans la distribution : Tom Holland, Robert Pattinson, Zendaya (Athéna selon certaines sources), Charlize Theron, etc.  


Hélène de Troie dans 3 péplums non diversitaires

Diane Kruger dans Troie (2004)

Sienna Guillory dans Hélène de Troie (2003)

Rossana Podestà dans Hélène de Troie (1956)

samedi 14 février 2026

Les jeunes prêtres américains beaucoup plus opposés au mariage homosexuel que leurs aînés

Un graphique partagé par le sociologue des religions Ryan Burge met en lumière une évolution frappante au sein du clergé catholique américain. 

La question posée aux prêtres est la suivante : « Si l’Église catholique l’autorisait, célébreriez-vous le mariage d’un couple de même sexe ? » 

Les réponses, ventilées par génération (décennie de naissance), révèlent un contraste générationnel très marqué.

Parmi les prêtres les plus âgés (nés avant 1950), 61 % penchent vers un « oui » (ils diraient probablement ou définitivement oui). À l’inverse, chez les prêtres nés en 1970 ou après (donc majoritairement ordonnés après 2000), ce chiffre chute à seulement 19 %. Autrement dit, plus de 80 % des jeunes prêtres se montrent fermement opposés, même dans un scénario hypothétique où Rome changerait sa doctrine.

Cette tendance confirme un phénomène observé depuis plusieurs années dans les enquêtes sur le clergé catholique aux États-Unis : les ordinations récentes attirent majoritairement des profils théologiquement conservateurs, attachés à l’enseignement traditionnel sur la morale sexuelle, le sacerdoce réservé aux hommes, ou encore la liturgie.

Les prêtres plus âgés, formés dans le contexte post-Vatican II des années 1960-1980, affichent souvent un manque de rigueur ou un plus grand dissensus personnel sur ces questions. À moyen terme, cela signifie que le clergé américain deviendra progressivement beaucoup plus homogène et orthodoxe sur ces sujets sociétaux. Alors que certains fidèles (surtout parmi les plus âgés ou les plus libéraux) espèrent une ouverture progressive, la base sacerdotale tire clairement dans l’autre sens.

Source de l’étude

Ces données proviennent du National Survey of Religious Leaders (NSRL), une grande enquête menée par Duke University et accessible via l’Association of Religion Data Archives (ARDA). Ryan Burge les a analysées et visualisées dans son article « A House Divided: Clergy, Conscience, and Same-Sex Marriage » publié le 20 février 2025.




vendredi 13 février 2026

L'État se féminise et se « diversifie » (m à j)

Mise à jour (2026)

Les femmes comptaient pour 61,0 % de l’effectif régulier de la fonction publique québécoise en mars 2024, comparativement à 59,3 % en mars 2020 (et 59,5 % en mars 2021).

La proportion des femmes cadres dans l’effectif régulier a atteint 51,4 % en mars 2024, soit un accroissement de 2,2 points de pourcentage depuis mars 2020 (et +1,5 point depuis mars 2021, où elle était à 49,9 %).

La proportion de femmes occupant des emplois en haute direction était de 51,0 % en mars 2024.

Concernant les embauches de personnes membres d’au moins un groupe cible (minorités visibles et ethniques, anglophones, autochtones, personnes handicapées), les données les plus récentes détaillées sur la proportion dans le personnel régulier recruté ne sont pas précisées dans les faits saillants 2023-2024, mais la tendance globale à l’augmentation des groupes visés se poursuit (par exemple, via les plans dits d’accès à l’égalité en emploi). Pour 2020-2021, la proportion était de 22,9 % (hausse de 5,7 points depuis 2016-2017), et les indicateurs d’équité continuent d’évoluer positivement.

La proportion d’embauche de personnes membres de communautés culturelles se situait à 20,8 % en 2020-2021, soit une augmentation de 5,5 points de pourcentage par rapport à l’exercice financier 2016-2017. (Aucune mise à jour précise pour les années récentes n’est disponible dans les rapports publics consultés, mais les politiques d’inclusion se renforcent.)

Le nombre de cadres « racisés » a augmenté à Radio-Canada ; les femmes y représentent environ 63 % des cadres (données stables ou légèrement évolutives d’après les rapports sur la diversité de l’effectif pour les services français, autour de 2023-2024 ; la proportion de personnes racisées dans l’ensemble du personnel cadre a progressé à 17,0 % dans les observations récentes sur l’effectif).

La tendance globale reste à la hausse pour la représentativité des femmes (environ +0,4 point par an en moyenne ces dernières années pour l’effectif régulier total, et plus marquée chez les cadres).

Mise à jour (2022)

Les femmes comptaient pour 59,5 % de l’effectif régulier de la fonction publique québécoise en mars 2021, comparativement à 58,6 % en mars 2017. 

La proportion des femmes cadres dans l’effectif régulier a atteint 49,9 % en mars 2021, soit un accroissement de 3,4 points de pourcentage depuis mars 2017.

La proportion d’embauches de personnes membres d’au moins un groupe cible (minorités visibles et ethniques, anglophone, autochtone, personne handicapée) dans l’ensemble du personnel régulier recruté se situait à 22,9 % pour l’année 2020-2021, soit une augmentation de 5,7 points de pourcentage par rapport à l’exercice financier 2016-2017. 

La proportion d’embauche de personnes membres de communautés culturelles se situait à 20,8 % en 2020-2021, soit une augmentation de 5,5 points de pourcentage par rapport à l’exercice financier 2016- 2017.

 Source


Voir aussi 
 
 
 
  
 
 
 
 
Billet originel (2013)
 
En mars 2007, l’effectif régulier de la fonction publique québécoise était composé de 55,6 % de femmes et de 44,4 % d’hommes, soit un écart de 11,2 points de pourcentage en faveur des femmes. En mars 2011, l’écart s’est accentué pour atteindre 16,0 points de pourcentage, l’effectif régulier comportant maintenant 58,0  % de femmes et 42,0 % d’hommes  (page 34 de ce rapport gouvernemental).

Les femmes constituaient 60,0 % des nouvelles embauches en 2010-2011. (p. 44) Que fait Madame Marois pour corriger cette féminisation ?

Répartition des sexes dans la fonction publique québécoise

Le taux d’embauche des personnes membres d’au  moins un groupe bénéficiant de discrimination positive (minorités immigrées, anglophone, autochtone, personne handicapée) se situe à 22,0 % pour l’année 2010-2011, soit une hausse de 2,5 points de pourcentage depuis 2006-2007. Les membres de minorités visibles ont vu leur taux d’embauche passer de 14,0 % à 19,1 % entre 2006-2007 et 2010-2011.

Répartition des groupes bénéficiant de la discrimination positive


Pour ce qui est des commissions scolaires (un groupe distinct et séparé de la fonction publique comprenant également le personnel enseignant ou non des écoles publiques), les hommes étaient 29,6 % (45 636 sur 154 183 employés)  et les femmes 70,4 % des effectifs en 2007.  Voir la p. 44 de ce rapport du Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec (CDPDJQ). Ce qui n'empêchait pas la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec d'indiquer un manque de 5 618 femmes (p. 46) ! Une fois cet objectif atteint, les hommes seraient à 26 %.

En 2011, le dernier rapport de la CDPDJQ précise que le nombre d'employés dans les commissions scolaires était de 154 187 (p. 57), mais il ne donne que le pourcentage d'handicapés dans ce tableau récapitulatif. Il faut aller aux annexes I et III pour totaliser les effectifs de chaque commission (il y en a 70) et dénombrer la prétendue sous-représentation des femmes dans chacune des commissions scolaires : 5 612.  Eh, oui, les effectifs des commissions scolaires sont très majoritairement féminins (108 547 soit 70,4 %), mais il y aurait toujours une sous-représentation des femmes dans ces mêmes commissions scolaires — près de 5600 femmes manqueraient ! — selon ce rapport au titre orwellien  « L’Accès à l'égalité en emploi »...

États-Unis : l’aide française dans la guerre d’indépendance a été minimisée

À l’occasion du 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance américaine, l’historienne néerlandaise Iris de Rode a découvert dans des archives privées la correspondance de l’un des personnages clefs de la guerre, le marquis de Chastellux. « Des aristocrates qui vont se battre pour défendre des principes de liberté ne rentrent pas dans les schémas historiques », estime Iris de Rode. Le Figaro l'a rencontrée.


LE FIGARO. — Comment êtes-vous devenue historienne de la guerre d’indépendance américaine ?

IRIS DE RODE. — J’y ai été menée par un arbre. Je suis hollandaise, mais j’ai passé une partie de mon enfance en France. Mes parents avaient acheté, pour la restaurer, une propriété du XVIIe siècle dans le Morvan. Il y avait devant la maison un grand arbre appelé « l’arbre de La Fayette », la tradition locale voulant qu’il l’ait planté à son retour d’Amérique. Quelques années plus tard, j’ai découvert en lisant une biographie de La Fayette qu’il n’était jamais venu dans la région. J’ai décidé d’élucider l’histoire de cet arbre, et de savoir qui l’avait planté, si ce n’était pas La Fayette. Mes recherches m’ont amenée aux archives locales à Avallon. J’ai retrouvé la correspondance de l’ancien propriétaire de notre maison, qui évoquait un arbre d’Amérique dans des lettres à un certain Chastellux. Je me suis souvenue de l’existence d’un château de ce nom dans la région. J’ai trouvé une adresse électronique, et écrit à tout hasard en expliquant mes recherches. Le propriétaire actuel du château, Philippe de Chastellux, m’a répondu qu’il avait le même arbre chez lui, et qu’il savait qui l’avait planté. Il m’a invitée à lui rendre visite.

Le château de Chastellux

— Qu’y avez-vous découvert ?

— Que l’arbre de Chastellux était lui aussi un tulipier de Virginie, comme le nôtre. Mais surtout qu’il avait été selon la tradition familiale offert par George Washington à son ancêtre, François-Jean de Chastellux, qui avait participé à la guerre d’indépendance américaine et combattu à la bataille de Yorktown. Philippe de Chastellux m’a prêté le livre de ses souvenirs de campagne. C’est là où tout a commencé. J’ai découvert le personnage de Chastellux, mais aussi l’histoire de l’indépendance des États-unis et de la participation française à ce conflit. Ce livre m’a passionnée. J’ai repris mes recherches sur Chastellux à Paris pour mon mémoire de maîtrise, mais j’ai eu la surprise de ne trouver aucun document le concernant dans les Archives nationales. Je suis donc retournée voir Philippe de Chastellux, qui m’a montré en secret la tour de son château contenant les archives familiales.

— Qui est François-jean de Chastellux ?

Le marquis de Chastellux est major général dans l’expédition particulière, le corps expéditionnaire français envoyé en 1780 par Louis XVI pour aider les insurgés américains. Il est le numéro trois dans l’état-major, sous le commandement du général de Rochambeau. C’est un soldat professionnel, spécialiste des questions militaires. Il a combattu très jeune en Allemagne pendant la guerre de Sept Ans. Il a aussi étudié la stratégie, et a été l’auteur d’un plan de réforme de l’armée française après ce conflit.

— Quel est son rôle dans la campagne ?

Chastellux prend l’initiative d’un grand voyage de reconnaissance sur le terrain, que Rochambeau approuve. Ce déplacement marque un tournant dans la campagne, à un moment où la coopération entre les alliés est difficile et incertaine. Il traverse plusieurs États, visite les précédents champs de bataille. Il participe activement à la conférence où est décidée la stratégie : il contribue au choix de ne pas tenter de reprendre New York, pour se concentrer à la place sur la baie de la Chesapeake, décision qui aboutira à la victoire de Yorktown.

jeudi 12 février 2026

Le recteur de l'UQAM évoque dans un communiqué l'accès accéléré à la résidence permanente pour tous les diplômés d'une université québécoise

Dans un message adressé à la communauté universitaire de l’Université du Québec à Montréal le 12 février 2026, le recteur Stéphane Pallage (ci-contre) exprime son soulagement face à la prise de position de Christine Fréchette, candidate à la chefferie de la Coalition Avenir Québec, en faveur d’une réacti­vation temporaire du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) pour une durée de deux ans. 

Le recteur y évoque une anecdote personnelle : lors de son mandat au Grand-Duché du Luxembourg, il avait proposé au ministre compétent de remettre symboliquement, à l’occasion des cérémonies de collation des grades, un document équivalant à un certificat de résidence permanente aux diplômés étrangers. Il estime aujourd’hui que cette idée trouve au Québec, avec le PEQ, une traduction concrète — et même amplifiée — qu’il qualifie de « visionnaire » et de « révolutionnaire » par la clarté de son message : « Le Québec souhaite que vous restiez. »

M. Pallage ne limite pas cette perspective aux diplômés d’universités francophones ni à ceux formés dans des secteurs en pénurie ou en forte demande. Il affirme que l'université transmet les valeurs du pays, cela reste à prouver. Nombreux sont ceux qui trouvent que les universités sont plus orientées à gauche que le pays.

Certains pourraient y voir la volonté d’assurer le maintien — voire l’accroissement — des cohortes d’étudiants étrangers, alors que le nombre d’étudiants québécois devrait diminuer à moyen terme en raison du fort recul démographique (au niveau catastrophique de 1,33 enfant/femme) et de mesures restrictives récentes. Les mesures restrictives adoptées en matière d’immigration temporaire ont d’ailleurs entraîné, dès 2025, une baisse marquée des inscriptions internationales : −37 % à l’Université de Montréal, −41 % dans le réseau de l’Université du Québec, et jusqu’à −59 % à l’Université Laval pour certaines périodes.

Pour 2026, le Québec disposerait d’environ 39 474 places pour de nouveaux permis d’études, dans le cadre d’un plafond fédéral fixé à 408 000 pour l’ensemble du Canada, avec une stabilisation des quotas de certificats d’acceptation du Québec (CAQ) jusqu’en 2027-2028. À court terme (2026-2028), ces paramètres devraient se traduire par une diminution des effectifs universitaires, particulièrement dans les établissements francophones, plus dépendants de la clientèle internationale, tandis que les universités anglophones semblent, pour l’instant, mieux résister.

Vous aurez sans doute appris avec soulagement cette semaine la prise de position de Christine Fréchette en faveur du retour du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) pour deux ans, si elle devient première ministre au terme de la course à la chefferie de son parti. C’est une nouvelle importante pour notre communauté étudiante, professorale, chargée de cours et employée. La mobilisation de nombreuses parties prenantes pour l’introduction d’une clause grand-père aura porté fruit. Reste bien sûr à convaincre toutes les aspirantes et tous les aspirants au poste de premier ministre dans ce parti et dans les autres. 

Le PEQ est un programme visionnaire. Dans ma vie précédente de recteur à l’Université du Luxembourg, j’avais un jour mentionné au ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche que le pays aurait tout à gagner à remettre lors des collations des grades, en plus des diplômes, l’équivalent d’un certificat de résidence permanente. L’Université forme et transmet des valeurs, celles du pays. L’Université est un outil d’intégration d’une force inégalée. Elle est aussi la porte d’entrée des plus grands cerveaux.

Le ministre a trouvé l’idée intéressante, mais elle ne s’est jamais concrétisée. À mon retour au Québec en 2023, j’ai découvert que cette idée avait été mise en œuvre par une société, celle du Québec. C’est en parlant à la ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration de l’époque, une certaine Christine Fréchette, que j’ai appris la chose. Je lui ai fait part de mon idée, que je croyais géniale. Elle m’a dit simplement : « Mais nous avons le PEQ ». 

De fait, le Québec avait mis en place le Programme de l’expérience québécoise, un programme vraiment révolutionnaire. Il permettait aux étudiantes et étudiants internationaux diplômés d’une université québécoise l’accès accéléré à la résidence permanente, de même qu’aux personnes issues de l’international ayant travaillé au Québec pendant deux ans au cours des trois dernières années.

Rien d’automatique, rien d’obligé, mais un geste important, un message: « Le Québec souhaite que vous restiez ». La réactivation de ce programme est vraiment souhaitable et souhaitée.

Québec — Son refus de se soumettre à un mensonge du « genre » lui coûte son emploi

Michel Lizotte, employé par Santé Québec pour enseigner aux employés l'utilisation de logiciels pour créer, modifier et consulter le futur dossier de santé numérique, s'est retrouvé dans une situation où il devait choisir entre enseigner un fait non établit ou un mensonge flagrant et garder son emploi en se conformant aux ordres se ses supérieurs, ou refuser et faire face à leurs pressions et finir par être renvoyé.
Parmi ses 14 cours se trouvait une phrase faisant la promotion de l'idéologie du genre et qui n'avait rien à voir avec la matière à enseigner. Son refus de l'enseigner et de participer au mensonge lui a coûté son emploi.

Il dénonce une mentalité qui s'est établie peu à peu au Québec où les établissements publics et scientifiques se sont transformés en institutions idéologiques, soulignant que la complicité et la conformité au mensonge, d'une part, et sa récompense, de l'autre, font dériver la société dans un totalitarisme idéologique.

 

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La Croisade du maire de Québec pour changer sa ville trop québécoise, trop conservatrice

Extrait d'un article d'Étienne-Alexandre Beauregard, auteur et chercheur chez Cardus. Son plus récent livre, Anti-civilisation. Pourquoi nos sociétés s’effondrent de l’intérieur, a été publié en septembre 2025 aux Presses de la Cité. Il a auparavant été rédacteur de discours et conseiller en planification stratégique au cabinet du premier ministre du Québec.

[...] La ville de Québec, sous Bruno Marchand (ci-contre), a réduit à la fois
la fréquence de la collecte des déchets et la vitesse du déneigement en cas de tempête. Ça n’a pas empêché les taxes municipales d’augmenter, ni l’apparition d’une étrange taxe de 12 $ imposée à tous les propriétaires de chats, soi-disant pour compenser les externalités de leur animal de compagnie. Notons également, en pleine saison des fêtes, l’interdiction de faire des feux de foyer que la municipalité a voulu faire respecter en traquant les récalcitrants au moyen de caméras thermiques en pleine semaine de Noël.

On citera la risible offensive « équité, diversité et inclusion » lancée par la ville depuis 2021. À coup de publicités à la télévision et dans les autobus, on invite les résidents à consulter un site Web afin de « s’éduquer », afin d’être plus ouverts à l’endroit des immigrants, truffé de banalités, dont : « Sourire et dire bonjour aux personnes issues de la diversité pour les inclure dans notre quotidien. » Dans cette même veine, une mosaïque historique dépeignant Samuel de Champlain à la fondation de la ville a également été cachée à l’hôtel de ville, car jugée offensante pour les peuples autochtones. Ironiquement, cela reproduit le scénario du film Testament, de Denys Arcand, qui se veut une satire de la cancel culture contemporaine.

Naturellement, l’enjeu hyper polarisant du tramway de Québec s’inscrit dans le même courant. Adulé par les commentateurs montréalais, mais rejeté par la majorité des citoyens de Québec, le projet de transport en commun du maire Marchand est devenu le fer de lance de ceux qui souhaitent la « métropolisation » de la vieille capitale en luttant contre l’usage de l’automobile. Nappé d’un vernis écologique, ce projet de plus de dix milliards de dollars représente l’acharnement idéologique d’un maire qui souhaite profondément changer la ville qu’il dirige, souvent contre l’avis des citoyens.

L’immigration, nouveau cheval de bataille

Parmi les grandes villes canadiennes, Québec a également la particularité d’être celle où l’immigration fut historiquement la plus faible. Comme le veut l’expression, Québec est « un gros village » où la plupart des gens se connaissent et se sont côtoyés à l’école ou dans des associations, malgré sa taille de plus de 500 000 habitants. Comme le soulignaient les professeurs Pierre Fortin et Mario Polèse dans Policy Options, alors que de nombreuses grandes villes sont en déficit de capital social, Québec s’illustre par le faible niveau de criminalité et d’inégalités, ainsi que par un fort dynamisme économique, le tout produit d’une ville « tissée serrée ». Encore récemment, Québec incarnait une « autre manière » d’être une grande ville, contre la densification outrancière, la lutte à l’auto et une croissance fondée avant tout sur l’immigration.

C’était sans compter la nouvelle croisade de Bruno Marchand, qui s’est révélé cet automne comme l’un des plus farouches opposants aux restrictions imposées par le gouvernement du Québec en immigration. Au moment où la majorité des acteurs politiques, incluant les libéraux de Mark Carney, reconnaissent que les politiques migratoires sont allées trop loin au cours des dernières années, le maire de Québec continue de ramer dans la direction opposée. Montant au créneau comme s’il était chef de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale, il n’a cessé d’interpeller le gouvernement Legault pour que les travailleurs temporaires dont le permis est échu ne soient pas contraints de quitter le pays. Il y a quelques jours, dans les pages du Globe and Mail, il se réjouissait que la démographie de sa ville change drastiquement à la suite d’une hausse de 57 % de sa population immigrée depuis 2016.

Pourtant, pendant qu’il célèbre, Québec est en route pour avoir la plus forte croissance démographique de toute la province d’ici 2050, et cela n’est pas sans conséquences. Alors que la hausse fulgurante du prix des propriétés semble quelque peu ralentir, elle se poursuit de plus belle à Québec, qui s’inscrivait, au début de l’an dernier, comme la ville du Québec où le prix des maisons augmentait le plus vite, deux fois plus qu’à Montréal. La situation est telle que la municipalité organise désormais une loterie pour distribuer les prêts sans intérêt de son programme d’accès à la propriété, pour lequel les demandes ont explosé. Québec, la ville familiale par excellence, rejoint désormais les autres grandes villes où il est de plus en plus difficile de se loger.

Une autre ville reste possible

Il semblerait donc que ce qui a longtemps fait la différence de la Ville de Québec soit à risque de s’effacer, pour faire place à la vision des grandes métropoles occidentales, qui misent sur la densification et une immigration incontrôlée pour produire des villes inabordables et en grave déficit de capital social. Nous osons pourtant croire que le rêve de la ville à échelle humaine et enracinée, de la maison unifamiliale et de l’automobile est encore partagé par énormément de gens, en particulier les jeunes qui souhaitent fonder une famille. [...]

La lente débâcle du capitalisme progressiste ?

Milton Friedman proclamait en 1970 que « la responsabilité sociale des entreprises est d'accroître leurs profits », considérant l'enrichissement comme la meilleure contribution au progrès social. Cinquante ans plus tard, cette doctrine s'est effondrée face au progressisme, idéologie née dans les universités américaines qui confond changement permanent et amélioration véritable. En 2020, 96% des dirigeants américains interrogés par Deloitte/Fortune considéraient la diversité, l'équité et l'inclusion (DEI) comme une priorité personnelle. Dick Costolo, ancien patron de Twitter, menaçait en 2020 : « Les capitalistes "moi d'abord" qui pensent pouvoir séparer la société du monde des affaires seront les premiers fusillés à la révolution. »

Ce basculement résulte principalement de l'activisme des millennials et générations Y et Z, nés après les années 1980, biberonnés aux réseaux sociaux et éduqués par des enseignants politisés. Ces « consomm'acteurs » n'achètent plus seulement un produit pour ses qualités, mais pour ce qu'il représente et les valeurs qu'il porte. En 2020, 69% des Français estimaient que le capitalisme faisait plus de mal que de bien. Ces nouveaux salariés ont importé ces exigences dans leurs entreprises, les contraignant à prendre position sur des causes dépassant leur activité, de Black Lives Matter à la lutte climatique.

L'abécédaire du progressisme : DEI, RSE, ESG

Pour répondre à ces attentes, un vocabulaire spécifique s'est développé. La DEI incarne la dimension « ressources humaines » avec quotas d'embauche, formations aux biais inconscients et promotion systématique de la diversité. La RSE correspond à l'engagement éthique des entreprises, évalué selon les critères ESG (environnementaux, sociaux, gouvernance) utilisés par les investisseurs. S'y ajoutent de nombreux labels : B Corp, ISR, Great Place to Work, Engagé RSE, Positive Company.

Le problème majeur : ces critères visent davantage la communication que l'application réelle. La Poste avait reçu la meilleure note RSE jamais attribuée par Vigéo Eiris pour 2019, alors qu'Envoyé spécial révélait simultanément une vague de suicides chez ses salariés. En 2021, Orpea affichait d'excellents résultats RSE ; l'année suivante, « Les Fossoyeurs » exposait la maltraitance massive dans ses Ehpad. En réalité, le progressisme est surtout une affaire financière : la multiplication des normes et labels a créé toute une industrie de conseil dont les acteurs s'intéressent souvent moins aux effets concrets qu'aux prestations facturables.

La fin de la récréation

La fête s'achève. En France, Emmanuel Faber, PDG de Danone, fut débarqué en 2021 après avoir inscrit une « raison d'être » dans les statuts de l'entreprise, victime de résultats financiers décevants. Les actionnaires pardonnent rarement les contre-performances. Le coût prohibitif de la mise en conformité pousse les entreprises à revenir aux fondamentaux économiques.

Aux États-Unis, la contre-offensive anti-woke s'intensifie depuis le retour de Donald Trump. Interdiction des programmes DEI dans l'administration, sanctions contre les universités... Les grands patrons de la Silicon Valley, pourtant creuset du progressisme, ont changé de posture pour éviter les procédures judiciaires. En 2023, 65% des dirigeants américains faisaient de la DEI une priorité personnelle selon Deloitte/Fortune, une chute d'un tiers par rapport à 2020. L'édition 2025 de l'étude n'en parle même plus.

L'effondrement du conseil en RSE

Après 24% de croissance annuelle entre 2018 et 2024, le secteur du conseil en RSE a connu en 2025 sa pire année. Les cabinets surfaient sur l'accumulation ininterrompue de normes européennes. En 2012, une directive impose aux grands groupes un rapport sur leur consommation énergétique. Elle est remplacée en 2014 par la NFRD exigeant un rapport annuel sur les pratiques environnementales et sociales. En 2022, la CSRD prend le relais avec des règles encore plus contraignantes : 1102 points de données, pour un coût estimé à 3,6 milliards d'euros annuels pour l'ensemble des entreprises européennes. Pour une ETI française, la conformité coûtait 800 000 euros sur deux ans.

Ce maquis expliquait l'activité incessante des cabinets de conseil. « Dans certains cabinets, les commerciaux avaient pris l'habitude des appels entrants. C'étaient les clients qui les démarchaient », rapporte Valérie Ader de Colombus Consulting. Il aura fallu un rapport de 400 pages de Mario Draghi pour que Bruxelles prenne conscience de ses excès. Le 26 février 2025, la Commission européenne rétropédale, réduisant le champ d'application de la CSRD pour dispenser 90% des entreprises concernées et diminuant le nombre d'éléments à fournir.

La disparition du caractère obligatoire a poussé beaucoup d'entreprises à repousser la mise en œuvre. Le retournement a été brutal : plans sociaux, cabinets acculés à fusionner, salariés incités à devenir free-lance. Mais la RSE ne disparaîtra pas complètement. Implantée dans tous les métiers (achats, logistique, finance, RH), elle crée un effet de cascade : les grandes entreprises imposent leurs règles aux sous-traitants, souvent des PME qui risquent de perdre leurs clients sans conformité. Une entreprise textile a ainsi perdu un énorme marché avec Air France, La Poste et la SNCF faute de pouvoir tracer son coton. Le legs de la CSRD n'est pas une révolution écologique, mais un système de contraintes en cascade survivant à sa propre simplification.

La grande débâcle du capitalisme progressiste

« Go woke, go broke » (progressisme radical, krach fatal) : le slogan s'est réalisé. Boeing, Mattel, IBM, Caterpillar, John Deere, Pepsi, Lockheed Martin, GM, Paramount et McDonald's ont revu ou renoncé à leurs politiques DEI, sous la pression d'un mouvement conservateur soutenu par Trump. La réélection républicaine de 2024 a stoppé cette dérive idéologique essaimée après le meurtre de George Floyd en 2020.

Suppression des quotas antiracistes, réduction des effectifs dédiés à l'inclusion, fin des collaborations avec les groupes LGBTQIA+... De l'automobile (Ford, Harley-Davidson) à la distribution (Walmart, Target), en passant par la tech (Meta, Google, Amazon) et Wall Street (Goldman Sachs, Citigroup), beaucoup ont rétropédalé. Bank of America avait lancé un programme fondé sur la théorie critique de la race, déplorant la « suprématie blanche » et demandant aux salariés blancs de « décoloniser leur esprit ». Elle a fait marche arrière, comme Blackrock, suite au décret présidentiel bannissant les programmes DEI fédéraux.

Disney illustre parfaitement le naufrage. Le groupe a créé « Réimaginer l'avenir », priant ses employés de « prendre en main leur éducation sur le racisme structurel anti-noirs ». Une dirigeante, « mère de deux enfants queers », a promis 50% de personnages issus des minorités. Formule d'accueil traditionnelle bannie, classiques (Peter Pan, Dumbo) précédés d'avertissements pour racisme, bides des remakes woke (La Petite Sirène, Blanche-Neige)... Cinquième marque la plus aimée en 2019, Disney est tombée à la 76e place en 2025 selon Axios Harris. Les termes « diversité » et « DEI » ont disparu de ses rapports annuels. « Le job de Disney, c'est de divertir, pas de faire de la politique », a reconnu son PDG Bob Iger.

En 2023, Budweiser a recruté l'influenceuse transgenre Dylan Mulvaney pour Bud Light. Le boycott fut immédiat : 5 milliards de pertes en Bourse, effondrement des ventes, mise en congé de la vice-présidente marketing. Leader pendant vingt ans, Bud Light est tombée troisième place derrière une bière mexicaine.

Ce revirement découle aussi de la décision de la Cour suprême en 2023 d'abolir la discrimination pro « minorités » universitaire. Des activistes de droite mènent depuis une guérilla judiciaire contre la DEI. Robby Starbuck, réalisateur devenu croisé conservateur, a fait trembler Harley-Davidson, Ford et Jack Daniel's, avant d'être embauché par Meta pour corriger les « biais idéologiques » de son IA.

Malgré les pressions, Apple, Costco, Levi's, Delta Air Lines et Microsoft refusent de reculer. Les entreprises dépensent toujours 8 milliards de dollars annuels en formations DEI selon Harvard Kennedy School, bien que 57% des Américains plébiscitent leur neutralité politique selon Ipsos. À contre-courant, la campagne d'American Eagle avec Sydney Sweeney jouant sur l'homophonie « genes/jeans » a rencontré un succès planétaire. Les affaire sont les affaires.


Source (résumée et adaptée) : Valeurs actuelles